Le temps des guerres serait-il revenu avec toutes ses horreurs ? Non seulement aucune année depuis 1945 n’a vraiment été exempte de conflits armés mais ceux-ci augmentent inexorablement. 2025 une année record[1].
Pas plus que la première, la seconde guerre mondiale ne serait pas la « der des der[2] » ? La plupart des pays du monde ne sont-ils pas engagés à nouveau dans une dynamique de hausse de leur budget militaire après une période de relative baisse après la chute du mur de Berlin ?
Mais que se passe-t-il ? Le retour de la guerre ?
La fin de la seconde guerre mondiale, c’était non seulement la fin de la guerre et l’échec du nazisme avec sa volonté génocidaire mais c’était aussi l’espoir qui renaissait avec la reconstruction des villes et infrastructures détruites, les progrès de la science et des technologies et surtout la régénérescence d’un projet philosophique politique humaniste à travers d’une part, la création de l’Organisation des Nations Unies[3] et, d’autre part, la déclaration universelle des droits de l’homme[4] (DUDH).
Sans doute, n’est-il pas inintéressant de rappeler à cet instant les 4 objectifs de l’ONU :
- Maintenir la paix et la sécurité dans le monde ;
- Développer les relations amicales entre les nations et favoriser la coopération internationale sur tous les sujets qui le nécessitent
- Promouvoir l’universalisme et l’humanisme grâce à la reconnaissance des « droits de l’homme » ;
- Fournir une aide humanitaire et soutenir un développement durable
De même, rappelons les 2 premiers paragraphes de la DUDH :
« Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l’homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l’humanité et que l’avènement d’un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l’homme. »
Au niveau français, le bloc de constitutionnalité composé de la Constitution elle-même mais aussi de la déclaration de l’homme et du citoyen[5] ainsi que de la Charte de l’environnement[6], s’inscrit dans cette même perspective humaniste universelle.
Citons aussi les deux premiers articles de la constitution de la Ve République :
L’article 1er : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales. »
L’article 2 : « La langue de la République est le français.
L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge.
L’hymne national est la » Marseillaise « .
La devise de la République est » Liberté, Egalité, Fraternité « .
Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. »
L’esprit de ces textes se retrouve dans les principes fondamentaux de nombreux pays sans oublier néanmoins que, dès les lendemains de la guerre, la référence à la démocratie libérale et à l’égalité homme – femme [7] ne faisaient pas l’unanimité.
Comment avec de tels principes affirmés et affichés mondialement, un pays européen peut-il s’autoriser à vouloir annexer un autre pays et déclencher une guerre de conquête au mépris du droit international, au mépris du principe de l’autodétermination des peuples ? Une guerre qui, à ce jour, a fait plus de 1.800.000 victimes depuis 2014[8], victimes militaires mais aussi civils ; une guerre dans laquelle sont délibérément ciblés des immeubles d’habitations, des installations électriques ou autres équipements indispensables à la vie, à la survie des populations et ce, contrairement à toutes les règles de la guerre et en particulier au droit de La Haye et aux Conventions de Genève[9].
De même, au Moyen-Orient, comment le 07 10 2023 des groupes armés ont-ils pu s’autoriser à pénétrer dans un autre pays pour blesser, tuer et enlever des civils ? Comment en représailles, des mots comme « Hamas », « Hezbollah » deviennent de véritables permis à tuer ? Comment peut-on s’autoriser à détruire des immeubles d’habitations, des écoles, des hôpitaux pour toucher un ou quelques terroristes ? Comment peut-on s’autoriser à tout détruire sur des kilomètres et des kilomètres pour créer des zone tampon de sécurité ? Comment peut-on s’autoriser à coloniser des territoires en chassant manu-militari les habitants qui y habitent ? Comment un pays peut-il bloquer le passage d’une voie maritime ?
La guerre quelle qu’elle soit est une horreur ; une nouvelle guerre mondiale serait l’expression d’une énorme régression de l’humanité. Existe-t-il sur terre une autre espèce animale aussi autodestructrice ? Autodestructrice par les morts que la guerre suscite mais aussi par les mutilés physiquement et tous les blessés moralement suite à de si nombreux sévices[10]. Une espèce autodestructrice mais aussi capable de détruire autant ses propres créations : habitations, écoles, hôpitaux, usines, ponts… ; des équipements qui ont demandé tant d’efforts humains et tant de matières transformées issues de la nature ! Une folie quand on pense qu’il faudra tout reconstruire ! Comme l’humanité peine à sortir de la cruauté, de la sauvagerie, de la barbarie !
La guerre est une immense défaite au regard de l’humanisme. Elle reflète notre incapacité à résoudre nos différents par l’échange, le dialogue, le débat, la négociation. Elle est un échec magistral du projet républicain ; la démocratie, le social, l’écologie… l’universalisme sont jetés à la poubelle, seuls comptent les intérêts de son groupe identitaire, seul l’écrasement brutal de l’autre permet de résoudre les contradictions. Plus besoin de raison, plus besoin d’arguments, seule la force compte, qu’elle soit physique ou par la puissance de tous ces engins militaires destructeurs. Quelle imagination en la matière ! Il y a eu et encore aujourd’hui la menace de la bombe nucléaire, le danger du fil barbelé qui vous colle à la peau et voilà le drone meurtrier qui vous scotche sur place ! Plus un geste ou la mort assurée !
Et l’écologie dans tout cela ?
Par bien des aspects, l’écologie et la guerre sont malheureusement intimement liés.
La nature peut être source de guerre. On va se battre pour un champ de pétrole, pour le contrôle d’un fleuve ou d’une rivière…
Mais tout aussi grave aujourd’hui. La guerre ne se limite pas aux conflits inter-étatiques. Les relations sociales se tendent aussi à l’intérieur des pays. Les écologistes n’ont-ils pas été assimilés en France par un ancien ministre de l’Intérieur à des écoterroristes ? « Terroriste »[11], un terme encore qui ouvre grandes les vannes à toutes les lois d’exception, à toutes les violences. Il y a eu la ZAD de N-D des Landes, il y a eu Sainte Soline, que de déchainements de violences ! Des policiers et des gendarmes, de plus en plus équipés de matériels proches de ceux utilisés par l’armée : des armes limites létales[12] ! Des forces de l’ordre aux comportements de plus en plus violents dont certains sont carrément animés par la volonté de casser de l’écolo comme hier, ils pouvaient vouloir casser du bougnoul. Les conflits environnementaux autour de projets inutiles et imposés résultent d’un défaut de démocratie environnementale à la base, projets pour lesquels seuls la résistance, l’occupation, le « désarmement des projets », la désobéissance civile restent comme moyens de s’y opposer. Et il y a aujourd’hui la A69.
Par ailleurs, la guerre nécessite des matériels qui, pour les produire, consomment de la matière ou de l’énergie naturelles. Des consommations inutiles dans une société pacifiée. Mais le budget des armés a aussi besoin d’énormément de fonds, moyens financiers qui pourraient être consacrés à la justice sociale et écologique ! Il y a même aujourd’hui, l’idée de se renforcer militairement face à la croissance du risque de guerre, d’où des transferts de fonds des budgets prévus pour le green new deal vers le budget des armées !
Et comme si cela ne suffisait pas, ces matériels militaires vont détruire, d’une part, comme déjà évoqué ci-dessus, des biens artificiels nécessaires à la vie moderne mais aussi d’autre part, la nature elle-même. Pensons aux bombes qui retournent les champs, qui cassent et déracinent les arbres mais aussi aux gaz artificiels qui se répandent dans l’atmosphère et finissent par se déposer sur les humains et les territoires en les polluant.
Et puis, il faudra tout nettoyer, tout reconstruire… encore des prélèvements sur la nature que l’on aurait pu éviter !
Oui la guerre est à la fois une catastrophe humaine mais aussi une catastrophe écologique qui rapproche l’humanité de son effondrement généralisé.
Eviter la guerre ?
Y-aurait-il un moyen d’éviter la guerre ? Oui sans doute plusieurs à actionner simultanément.
Déjà si l’on appliquait systématiquement le principe écologique du « pollueur payeur ». Un concept similaire existe dans le domaine militaire, c’est celui de « dommages de guerre ». Si un pays responsable de la destruction systématique de tous les bâtiments d’une zone déterminée savait qu’il serait condamné à payer le coût de la reconstruction, alors cela le freinerait sans doute dans ses ardeurs destructrices. Mais aujourd’hui, il sait pouvoir détruire sans être pénaliser, détruire gratuitement.
Il y aurait bien une autre solution technique que l’on connaît bien en écologie : l’intégration des externalités dans le prix des biens. Prenons une bombe, un drone, un missile balistique. Si l’on intégrait dans son prix non seulement comme aujourd’hui son coût de production mais aussi le coût de reconstruction de ce qu’il est capable de détruire (un immeuble, une route, une usine), alors les pays achèteraient beaucoup moins de bombes, de drones, de missiles.
Serait-il possible de régler un différent à la limite grâce à un jeu. Le gagnant gagnerait la guerre. Un jeu de dame, ou moins occidental, un jeu de GO, ou plus moderne un escape game ou un jeu vidéo guerrier, il n’en manque pas ! Un wargame ! Après l’IA, la GA, la guerre artificielle. Après ou avant. Personnellement, je militerai pour qu’on fasse une pose sur l’IA et qu’on investisse dans la GA et la TE (TE : la transition écologique).
Une autre alternative qui vient de faire son apparition sur le front Ukrainien : la guerre via des robots qui s’affrontent… En attendant les robots tuent des humains…
Mais sans doute, ce qui coûterait le moins cher à nos sociétés pour éviter la guerre, ce serait de respecter les valeurs humanistes. Le respect de l’autre en tant que personne, le respect de l’autre en sa qualité d’Etat, de nation, le respect de l’autre parce qu’élément non humain de la nature mais si indispensable à la vie humaine.
En guise de conclusion
Nous vivons dans un monde en polycrise, en multicrise : crise démocratique, crise sociale, crise écologique. Toutes ces crises sont sources de tensions et le cumul de ces tensions créent de l’agressivité individuelle et collective. La guerre est l’expression suprême de la violence collective. Son coût est énorme, trop énorme pour être supportable parce que même la guerre aujourd’hui ne respecte plus aucune règle et que nos moyens militaires ont acquis une telle puissance destructrice ; c’est le retour à la brutalité pure, massive. Nous avons sans doute intérêt à nous rassembler tous ensemble pour tenter de résoudre la crise démocratique, la crise sociale, la crise écologique, pour faire descendre le niveau des tensions. Réfléchissons vite, le temps presse. Ne jouons pas apocalypse now.
[1] Plus de 150 conflits armés
[2] La « der des ders » : une expression apparue après la fin de la Première Guerre mondiale et qui signifie la « dernière des dernières guerres »
[3] ONU : instituée le 24 octobre 1945 par la ratification de la Charte des Nations unies signée le 26 juin 1945 par les représentants de 51 États et regroupant aujourd’hui 193 Etats membres,
[4] DUDH : le 10 décembre 1948, les 58 Etats Membres des Nations Unies ont adopté la Déclaration universelle des droits de l’homme à Paris, au Palais de Chaillot. Une déclaration de 30 articles.
[5] Déclaration adoptée en France en 1789 et intégrée dans le bloc constitutionnel plutôt que la DUDH comme référence symbolique au progressisme de la Révolution française
[6] Charte intégrée en 2005 au bloc de constitutionnalité
[7] Dans les pays sous influence soviétique affirmant plutôt la dictature du prolétariat ou la démocratie populaire, de même, dans des pays sous influence musulmane, l’égalité homme-femme n’était pas un objectif acceptable
[8] Référence directe à la guerre russo-ukrainienne, le 28 02 2014 annexion de la Crimée par la Russie ; le 24 02 2022 relance du conflit par la Russie sur plusieurs fronts. 1,8 millions de victimes (blessés, morts, disparus) dont 500.000 morts
[9] Conventions adoptées en 1949 qui complètent et détaillent les diverses agressions interdites, envers les civils, et faisant usage de techniques jugées illicites.
[10] Pensons au nombre de violences sexuelles commis pendant les guerres. Rappelons la guerre en Bosnie au cours de laquelle la pratique du viol a été érigés en méthode systémique de terreur et de nettoyage ethnique. Evoquons aussi les enlèvements d’enfants (plus de 20000) ukrainiens par les Russes.
[11] Durant la seconde guerre mondiale, les nazis considéraient aussi les résistants comme des « terroristes ». Voir l’affiche rouge sur le groupe Manouchian
[12] Armes létales : Une arme létale est un dispositif ou un instrument conçu spécifiquement pour causer la mort d’une personne et capable d’infliger des blessures graves. Le Flash-Ball est une arme de défense non létale développée dans les années 1990 par la société française Verney-Carron. Son principe : la neutralisation temporaire d’un individu. Le flash-ball utilisé en tire tendu peu devenir une arme létale.