Dès 1968 à la conférence biosphère de l’Unesco, Ignacy Sachs socio-économiste, énonce l’idée que « […] la croissance ne doit pas devenir un but premier mais rester un instrument au service de la solidarité entre les générations, présentes et celles à venir.«
Dans le contexte d’une économie libérale, hyper-libérale, libertarienne nous pouvons constater que nous allons dans le sens inverse de ce que préconisait Ignacy Sachs.
En 1992, de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatique (CCNUCC), émerge la notion de justice climatique. Cette dernière ne doit-elle concerner que le droit à l’environnement, la sociologie des mouvements sociaux, l’analyse des relations internationales ? Pour comprendre les concepts de « dette climatique », « responsabilité individuelle, collective », « changement climatique dangereux »…, un éclairage philosophique ne s’avère-t-il pas indispensable ?[1]
Notre espèce est devant un choix crucial qui définira son avenir et plus largement celui de l’ensemble du vivant sur notre planète. Notre responsabilité collective est immense et nos choix individuels ne sont pas sans conséquences. Pour être fidèle à la pensée d’Ignacy Sachs et à l’exigence de justice climatique, nos comportements doivent évoluer, devenir plus altruistes et la sobriété pour tous – souvent redoutée – devenir un complément nécessaire aux autres actions préconisées[2]. Ainsi les critères guidant ce choix vital ne peuvent pas être qu’économiques et financiers, ils doivent également tenir compte des générations actuelles, futures ainsi que du vivant en général.
Parler de justice climatique impose donc à repenser notre grille de lecture, des faits et des conséquences de ce réchauffement climatique global anthropique. Cette nouvelle grille de [1] lecture s’appuyant sur notre triptyque républicain, doit questionner notre vision actuelle de la liberté, de l’égalité, de la fraternité et doit concerner l’ensemble de nos sociétés, nos environnements, les générations présentes et futures ainsi que le vivant dans son ensemble.
Parler de justice climatique montre que déjà les conséquences du réchauffement global impactent les nations, les sociétés, les individus. En 1965 la concentration en CO2 atmosphérique était de 320 ppm, elle est en janvier 2026 de 428.62 ppm[3] et cela n’est pas prêt de s’arrêter. L’augmentation continue des concentrations atmosphériques de G.E.S. laisse prévoir des conséquences de plus en plus importantes sur nos vies de tous les jours et des procès de plus en plus nombreux – les contentieux liés au climat augmentent, ils sont de 2180 en 2022 et concernent 65 instances de par le monde[4]-. Cependant, nous n’en sommes qu’au début et la prise de conscience croissante des origines et des conséquences des changements climatiques, de l’inaction et du manque de volonté de certains (l’écoblanchiment en faisant partie) amène à des actions en justice aussi bien contre des états que contre des entreprises.
Comme ce réchauffement global que l’on subit impacte les besoins fondamentaux de notre[2] espèce ainsi que sa santé, nous devons comprendre que ce sont les Droits de l’Homme qui sont touchés[5]. L’injustice devient criarde. En effet, ceux qui contribuent le moins au réchauffement sont ceux qui en subissent le plus les conséquences sans être reconnus ni protégés[6].
Sans justice climatique, la transition écologique, la révolution écologique n’ont pas d’avenir. Il nous faudra de plus changer le triptyque républicain car il aura perdu sa force et tout son sens.
Alain Gayraud
[1] André P.,Gosserie A., La justice climatique, Que sais-je ?, 2024, p.6-9.
[2] Henriet F., L’économie peut-elle sauver le monde ?, Défis économique, PUF, 2025, p.99-109.
[3] https://gml.noaa.gov/ccgg/trends/
[4] https://www.unep.org/fr/actualites-et-recits/communique-de-presse/les-contentieux-lies-au-climat-ont-plus-que-double-en
[5] https://www.amnesty.fr/reperes/pourquoi-le-changement-climatique-menace-les-droits/
[6] https://www.villes-et-territoires.fr/rapport-injustice-climatique-de-ghettup/