L’écologie punitive est un thème (refrain ? mantra ?) inoxydable de discussions sur les réseaux sociaux, dans des talkshows télévisés, avec un sens de la nuance tout relatif.
Cette expression semble avoir démarré sa carrière dans le débat (ou non-débat) public avec Frédéric Nihous [1], candidat du parti Chasse, pêche, nature et tradition à l’élection présidentielle de 2007. Dans la foulée, l’ancien ministre de la Recherche, scientifique de renom mais passionnément climatosceptique, Claude Allègre se l’est appropriée. Une étude basée sur l’analyse d’articles parus dans 6 grands quotidiens nationaux sur la période 2022-2024[2] mentionne que cette expression est quasi-exclusivement reprise par des personnalités d’extrême droite. Tout ceci suggère une stratégie rhétorique oublieuse du bien commun.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? De l’écologie, discipline scientifique ? Non ce serait idiot, une science ne saurait être punitive. Est plutôt visée et vilipendée l’écologie vue comme les mesures prises par les pouvoirs publics pour réparer, atténuer, s’adapter aux dérèglements environnementaux et leur impact sur le vivant en général et les humains en particulier. Il y est notamment question d’inciter citoyens, entreprises, organismes publics… à s’engager dans des modes de consommation et de production moins nocifs.
Les enjeux sont multiples : au plan de la santé d’abord ; selon l’OMS, 24% des décès dans le monde sont liés aux facteurs environnementaux[3] ; plus spécifiquement, les particules fines sont responsables de 40000 décès[4] en France chaque année. Les effets des désordres se font aussi sentir sur l’emploi, l’accès aux ressources, le logement, les migrations forcées. Comme le résumait le pape François, « Les attaques contre la nature ont des conséquences sur la vie des peuples »[5].
In fine, il s’agit d’élargir les libertés publiques en augmentant le droit à un environnement sain[6]. Cette notion apparue dans les années 70 a entériné le fait que protéger l’environnement signifie protéger la vie humaine et l’humanité.
Les mesures sont réglementaires, fiscales et induisent forcément des contraintes (d’où le vocable de punition) … comme toute politique publique. Toutefois, si l’on prend l’exemple de politiques de santé visant la consommation de tabac ou d’alcool et leurs ravages, personne ne s’est avisé de qualifier les mesures d’interdiction et de taxation associées de punitives. Preuve d’un biais idéologique
Enfin, si quelqu’un vous parle d’écologie punitive, demandez-lui si le dérèglement climatique ne l’est pas lui-même bien plus.
Ne nous y trompons pas ! L’emploi de l’expression « écologie punitive » est une manœuvre pour contourner, éviter les débats par un terme qui se veut décrédibilisant et vise à dénier l’urgence écologique.
Les mots sont toujours importants. En l’espèce, ils dissimulent (mal en réalité) une vision biaisée, oublieuse de la gravité de la crise écologique. Le terme écologie punitive sent le populisme, vu ici comme l’antagonisme entre des élites bobo, hors sol et le peuple qui serait victime d’une nouvelle forme de domination à travers les politiques publiques écologiques.
Démasquons la démagogie et orientons nos efforts vers une transition écologique socialement juste et élaborée démocratiquement. C’est une simple affaire de solidarité !
Jean-Marc Dizel
[1] https://www.lagrandeconversation.com/ecologie/les-mots-et-les-maux-de-lecologie/
[2] Citée dans « Greenbacklash Qui veut la peau de l’écologie ? » Sous la direction de Laure Teulières, Steve Hagimont , Jean-Michel Hupé Seuil 2025
[3] https://www.who.int/publications/i/item/9789241565196
[4] https://www.santepubliquefrance.fr/determinants-de-sante/pollution-et-sante/air/documents/enquetes-etudes/impact-de-pollution-de-l-air-ambiant-sur-la-mortalite-en-france-metropolitaine.-reduction-en-lien-avec-le-confinement-du-printemps-2020-et-nouvelle
[5] In « Laudate Deum »2023, Pape François
[6] Lire par exemple https://www.conseil-constitutionnel.fr/publications/titre-vii/le-droit-a-un-environnement-sain-propre-et-durable-saisi-par-le-droit-international