La transition écologique ou la métamorphose selon Edgar Morin, nécessaire pour relever les défis qui s’imposent à l’Humanité ne sera que le fruit d’une éducation qui repense ses finalités. L’éducation est un acte politique disait déjà Aristote. Comment penser l’éducation au XXIème siècle dans le contexte que l’on connaît aujourd’hui ?
La finalité de cette éducation est un enjeu majeur. Depuis que l’homme s’intéresse à cette question, on a vu apparaître suivant les contextes sociaux, économiques et politiques différents courants, dont certains opposés. La question fondamentale et récurrente de la finalité de l’éducation étant : faut-il instruire, éduquer ou former ?
C’est à la société toute entière de définir aujourd’hui les objectifs de l’école de demain…. Et face à l’inflation des savoirs et à la complexité du monde, il devient urgent de dépasser les lieux communs : « apprendre à lire, à écrire et à compter », qui serait le minimum éducatif . L’école a besoin d’un projet bien plus ambitieux.
Une formation des esprits à la pensée systémique, dès les premiers apprentissages, en s’appuyant sur des approches inter- et transdisciplinaires, est un défi pour l’école du futur.
Le système éducatif actuel tend à parcelliser les domaines de connaissances, que ce soient les sciences en général ou les sciences humaines et sociales. Les seuls enseignements disciplinaires, isolés, ne suffisent pas à comprendre et à agir sur le monde.
Revisitons enfin les travaux d’Edgar Morin en 1999 sur les 7 savoirs à enseigner. De nombreuses pistes sont à explorer… par exemple « enseigner la condition humaine et l’identité terrienne ».
Une formation des esprits à la pensée systémique est nécessaire de manière à considérer plus particulièrement la nature des liens qui unissent les choses, les évènements et les personnes… Une approche analytique du monde n’aide pas à la compréhension. N’y a-t-il pas un équilibre à trouver entre ces deux modes de pensée non pas antagonistes mais complémentaires.
L’enjeu de ce mode de pensée systémique est tout simplement la compréhension.
Comprendre, permet d’agir sur le monde en tant que citoyen éclairé. Comprendre est un puissant rempart contre le dogmatisme et les dérives comportementalistes qui dictent les bons gestes, les conduites vertueuses…
Enfin, comprendre est une condition pour maintenir la paix entre les peuples.
Étant donné la complexité des enjeux, l’éducation à la nature, à l’environnement, au développement viable, à la transition écologique… est un puissant levier pour penser le changement dans une perspective non violente et pour construire les bases d’un vivre et d’un survivre ensemble. Elle ne concerne pas uniquement les enfants, mais chacun d’entre nous : parents, éducateurs, enseignants, élus, agents de collectivités, chefs d’entreprises.
Changer de paradigme impose de modifier notre regard sur le monde, de penser différemment notre relation aux autres et à la nature. Cette vision dominante, analytique du monde, nourrie par une approche anthropocentriste, nous conduit aujourd’hui à remettre en question notre propre survie.
Il ne s’agit pas de s’intéresser uniquement aux multiples dégradations environnementales, mais de proposer une analyse de leurs causes profondes.
La communauté scientifique nous alerte depuis un demi-siècle sur la possibilité d’une disparition de l’humanité. Le réchauffement climatique, la perte de biodiversité pour ne citer que ces deux phénomènes, nous interrogent sur l’incapacité de l’être humain à anticiper ces effondrements. La génétique, les neurosciences, la psychiatrie, la psychologie, la sociologie et la philosophie sont-elles en capacité d’apporter des éléments de réponse à cette inaction ?
Il n’y aura pas de transition écologique, de développement viable et de métamorphose sans une volonté politique forte de développer une éducation à la nature et à l’environnement :
– en reconnectant de toute urgence l’humain avec le non-humain,
– en mettant au premier plan les valeurs humanistes
« Éduquer à la nature et à l’environnement », c’est éduquer à la complexité, au territoire, à la paix, à la santé, à la citoyenneté… au vivre-ensemble. C’est aussi une éducation à la solidarité, à la fraternité, à l’ouverture vers d’autres cultures, c’est porter un regard sur l’ici et l’ailleurs. Cette éducation vise à former des citoyens libres, éclairés, aptes aux débats et dans une posture de bienveillance.
L’approche systémique est l’outil de base pour une réelle éducation à la nature et à l’environnement : elle permet une vision à plus long terme. Elle élargit l’approche du local au global et vice versa, elle est multidimensionnelle, dynamique et permet d’aborder les grands concepts de l’environnement :
écosystème, énergie, place de l’homme dans les écosystèmes, impact des activités humaines sur la planète, biodiversité, développement viable… ;
complexité, système, cycles de la matière, régulation, boucles de rétroaction, centres de décisions, flux, équilibre/rupture d’équilibre/retour à l’équilibre… ;
– risque, incertitude, précaution, gestion des crises, solutions multiples voire alternatives…
10 propositions…
1/ Redéfinir les finalités pour l’éducation du futur, décloisonner les disciplines scolaires, développer l’approche systémique dans les enseignements
2/ Former les enseignants et tous les acteurs de la communauté éducative à l’Education à la Nature et à l’Environnement et à la transition écologique pour faire évoluer les pratiques éducatives : projets transversaux d’intérêt général et pédagogie de projet
3/ Développer la recherche en éducation : recherche-action entre praticiens et universitaires
4/ Mobiliser, former et soutenir les éducateurs, qu’ils soient enseignants, formateurs, animateurs de terrain…. développer la co-formation
5/ Intégrer l’éducation à la nature et à l’environnement dans les politiques locales : nouvelles compétences aux collectivités locales
6/ Soutenir la mise en œuvre de projets de terrain : éduquer au territoire, c’est sortir à la rencontre du vivant et des acteurs locaux.
7/ Inscrire la philosophie dans les programmes de la maternelle à l’université
8/ Garantir l’accès à l’éducation à la nature et à l’environnement à l’ensemble des publics
9/ Développer et soutenir les réseaux territoriaux d’éducation à la nature et à l’environnement.
10/ Banaliser des temps pluridisciplinaires en lycée-collège pour travailler sur les problématiques sociales et environnementales liées au réchauffement climatique.
Philippe RABATEL