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Mon testament environnemental

Photo de Joshua Woroniecki

Ferme les yeux. Imagine. Une forêt de pins maritimes à quelques encablures de l’Océan Atlantique. Un chemin, sablonneux, bordés de genêts en fleur, qui monte, tout droit, entre les pins, odorants.

Le vent dans les arbres, comme unique perturbateur du silence. On est là, arrêtés – aux aguets. On attend le moment où un chevreuil déboulera. Soudain, le cri des geais, insatiables bavards crieurs. Mais rien. On attend, dix minutes, quinze. Un temps très long pour moi qui n’ai que 9 ou 10 ans. Puis, on repart. Et c’est là que tu vois, Marc, que j’ai vraiment appris à aimer être dans la forêt, dans la nature.

Pour moi, Emma, la nature a un goût de noisette. Des noisettes que j’allais cueillir dans les bois à côté de chez moi. Nous partions à 3 ou 4 copains. Le bois n’était pas très grand, mais la pente était rude. Nous glissions sur les racines émergentes, mais notre envie de déguster ces fruits délicats était plus forte que la difficulté à atteindre l’endroit convoité.

Même si c’était un jeu, ou un défi, je garde un souvenir inoubliable de ces moments passés dans un cet endroit isolé, dans la nature, que nous pensions être les seuls à connaître.

Aujourd’hui, les noisettes ont été remplacées par les champignons, mais cela est une autre histoire…   

Introduction

Existe-t-il des différences d’attitudes et d’opinions face à la crise environnementale selon les générations ? Certains sociologues comme Olivier Galland montre que cela relèverait plus du mythe que de la réalité : il a pu y avoir dans le passé autant d’écolos pourfendeurs de « toujours plus de croissance » qu’il y a dans le présent de jeunes pollueurs branchés Fast Fashion.

La conscience de cette crise environnementale appartiendrait donc plutôt à chacun, chacune de nous, quel que soit notre âge. Posons-nous chacun, chacune la question : Quel testament environnemental ai-je envie de transmettre ?

Développement

Suis-je responsable de ce qui arrive ? Le terme de responsabilité doit être redéfini ici. Responsable oui, mais pas coupable. Pourquoi devrais-je me sentir coupable d’un fléau généré par un siècle de progrès technologique ? Petit retour en arrière :

Début du siècle, la révolution industrielle : exploitation du charbon, du pétrole, du gaz.

Découverte de l’électricité. Grandes inventions avec la machine à vapeur, le train, l’avion, la voiture, la machine à laver, l’aspirateur etc…tout cela a contribué à l’amélioration du niveau de vie.

Doit-on le regretter ? Suis-je responsable d’en avoir profité ?

Et puis, il y a eu les trente glorieuses avec la reconstruction d’après-guerre, l’économie de marché, l’ouverture à la concurrence, le plein emploi et la production de masse. Suis-je responsable d’avoir consommé ? D’avoir généré des GES ?

Et le baby-boom, associé aux progrès de la médecine qui accroît l’espérance de vie. La démographie grimpe, il faut produire plus pour nourrir une population de plus en plus abondante.

Suis-je condamnable de vouloir vivre plus longtemps ?

Nous récoltons les fruits, bons ou mauvais, de nos générations passées. Le paradigme familial et social de nos parents, de nos grands-parents n’était pas le même que celui d’aujourd’hui. Avaient-ils conscience du mal qu’ils faisaient en consommant sans compter ? Certainement pas, personne ne pouvait prévoir un réchauffement climatique supérieur à la normale. Il a fallu attendre le rapport Meadows en 1972 pour confirmer que la croissance avait ses limites et des effets délétères sur l’environnement.

Les vrais responsables, on le sait, ce sont les industriels qui produisent, les marchands qui vendent, mais aussi nous tous qui consommons sans vergogne.

Le terme de responsabilité doit donc être vu dans le sens du devoir, du sens, de l’engagement.

Aujourd’hui, la science et ses outils associés nous permettent de mieux voir le futur, de prévoir ce qui va se passer, avec des marges d’erreur infimes. Ce que ne savaient pas faire les générations précédentes. Alors, à moins d’être « climato-sceptique », il est de notre devoir d’alerter, de sensibiliser et d’éduquer nos enfants et les générations futures sur les axes de solutions possibles pour contrarier les prévisions alarmistes des spécialistes. L’écologie n’est plus une option, mais une obligation.

Ce qui nous apparaît comme une évidence, c’est de devoir être exemplaires. Alors, bien sûr à travers nos gestes du quotidien. Mais ce n’est pas là-dessus que nous souhaitons nous attarder.

Nous aimerions en premier lieu transmettre aux générations futures l’idée qu’il vaut mieux chercher à atteindre le bonheur, qui est un sentiment durable de bien être, plutôt que de chercher à accumuler des plaisirs instantanés, matériels, toujours plus nombreux, qui nous procurent des shoots de dopamine mais qui s’évanouissent aussi vite qu’ils sont apparus. Comment faire ? Privilégier le plus possible de moments partagés en famille, entre amis, vivre des moments qui changent de l’ordinaire, pique-niquer au bord d’une rivière, faire une randonnée en montagne, une balade en forêt, partager un bon bouquin, un petit vin. Accumuler ces temps d’amour et d’amitié, le vrai sel de la vie.

Ensuite, il faudrait sans aucun doute se centrer davantage et autrement sur les enfants ; l’école ne suffit pas. La famille a un rôle énorme à jouer. Tout d’abord, en les reconnectant à la nature et en leur apprenant à s’émerveiller, d’une toile d’araignée givrée, du chant cristallin d’un oiseau ou piailleur d’un geai. En jouant avec eux, dans le jardin, oui, mais aussi à des jeux de société (il y en a tellement de drôles et qui apprennent à vivre ensemble), en cuisinant avec eux etc. Et, puisque l’on ne peut pas empêcher les jeunes générations d’être connectées, au moins apprenons-leur les bons usages des écrans. C’est primordial.

Nous pensons également qu’il faut proposer à nos jeunes un récit inspirant qui leur redonne de l’espoir et pour cela, cessons de penser que l’humain est au centre de tout ; voyons au loin le monde naturel qui nous entoure. Utilisons pour cela des leviers comme la littérature, la poésie, les arts sous toutes leurs formes qui nous aideraient à nous métamorphoser et à insuffler en nous des désirs mimétiques.

Enfin, comme on a à apprendre de tous, comme on a à prendre de tous, n’oublions pas de garder précieusement nos liens transgénérationnels. Jeunes et vieux, nous sommes tous les maillons d’une même chaîne.

Conclusion

Comme système politique, on ne connaît pas mieux que la démocratie pour favoriser le vivre ensemble, le partage, le débat, la prise de décisions collectives. Du coup, seule la démocratie peut permettre de prendre des décisions en faveur de l’environnement.

Mettons en place ces actions qui nous sont vraiment utiles et qui portent les germes d’une vision globale et inter générationnelle de la société, qui permettent de concevoir des relations humaines horizontales et diversifiées au travers d’une intelligence systémique et collective.

Ce proverbe africain pourrait s’appliquer à notre façon de travailler :

« Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens. »

Les Pinsons


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