C’est un fait indéniable parce que scientifiquement établi mais aussi parce que de plus en plus ressenti par les populations : la terre se réchauffe et le mouvement s’accélère ! Autre fait incontestable : notre mode de vie de pays développé industriel en est le responsable majeur[1] à cause de l’émission des fameux GES[2].
Ces GES se concentrent dans l’atmosphère par la combustion du charbon, du pétrole et du gaz, la déforestation, l’élevage, les engrais azotés…
L’enjeu n’est plus tant dans la prise de conscience aujourd’hui assez généralisée hormis quelques irréductibles climatosceptiques et négationnistes (Trump)[3] que dans la nature et le rythme des mesures correctives à prendre.
Alors que les industriels, les agriculteurs, les politiques à tous les niveaux ainsi que les citoyens/consommateurs devraient se mobiliser fortement pour contrecarrer le dérapage climatique incontrôlé actuel, les débats font rage et les hésitations paralysent : y-a-t-il vraiment urgence ? L’éolien ne pollue-t-il trop les campagnes ? La voiture électrique est-elle vraiment une solution avec ses batteries embarquées ? Les panneaux solaires ne nous rendent-ils pas dépendants des Chinois ? etc.
Les résistances à la modification de notre modèle civilisationnel se sont déplacées de l’inconscience du problème vers les hésitations sur la mise en œuvre des solutions avec deux grands types de difficultés :
- La réticence au changement de comportements ancestraux bien ancrés en nous et qui fonctionnaient plus ou moins bien en semblant bien générer un certain mieux être matériel
- La concurrence, au fondement de notre système économique, qui tire toujours vers le bas les prix et qui pousse ainsi les décideurs économiques à sans cesse limiter les investissements valorisant leurs produits
Pourtant, dans ma commune de banlieue aisée de l’Ouest parisien, les programmes des deux listes de Droite et de Gauche en opposition étaient complètement imbibés d’écologie : visiblement, en 2026, le thème est considéré comme électoralement porteur. L’écologie ne serait plus un sujet clivant… comme le logement social[4]. Ainsi, pour de plus en plus d’électeurs par ailleurs de moins en moins politisés, tous les programmes seraient blancs bonnets et bonnets blancs, quand les élus ne sont pas carrément considérés comme des traîtres au regard de leurs propres engagements ou des profiteurs du système. Et pourtant…
Deux écologies ?
Pourtant il y a une grande différence entre une commune dont l’écologie consiste :
- En de « petits gestes » comme participer au concours des villes et villages fleuris pour obtenir le niveau « 4 fleurs » affiché à l’entrée de la commune ou mieux encore le trophée « fleur d’Or » !
- ou, comme dans notre commune jumelle d’Allemagne, à se fixer comme objectif l’autonomie énergétique de la ville grâce à la mobilisation de tous les citoyens habitant la commune !
De même, autre enjeu, se contente-t-on de culpabiliser les citoyens et tout particulièrement les gens modestes qui, de fait, polluent le moins[5], sont les plus exposés aux pollutions, à la malbouffe, aux conditions de travail dangereuses… et qui ne peuvent en aucun cas supporter une hausse du coût de leur vie faute de moyens financiers ? Ou bien se lance-t-on dans une « écologie populaire » en phase avec le slogan « fin de mois, fin du monde, même combat » ? Notre regard humaniste devrait philosophiquement nous porter vers cette seconde solution : par solidarité et dans la vision d’une humanité rassemblée, universelle, fraternelle entre ses membres.
Ceci dit passer de l’engagement philosophique à une pratique politique n’est pas si aisé, techniquement et financièrement aisé. Bien sûr les habitants au bord du périph seraient heureux que les voitures soient moins polluantes, bien sûr, ils préfèreraient manger bio au lieu d’acheter au moins cher, bien sûr ils préfèreraient produire des biens utiles aux gens plutôt des « saloperies » mais ils n’en on pas les moyens et ce ne sont pas eux qui décident ! Effectivement, une grande partie de la solution écologique réside dans l’entreprise : répartition des revenus entre les salariés et qualité, utilité des biens produits.
Mais au niveau de la commune il y a plein de choses à faire, d’initiatives à prendre !
Par exemple, notre commune vient d’inaugurer la rénovation d’un gymnase qui commençait à être limite vu son âge. A cette occasion, nouveau bardage extérieur en bois pour l’isolation, cuve de récupération des eaux pluviales pour les chasses-d’eau et l’arrosage, chaufferie aux granulés de bois et surtout 218 panneaux voltaïques sur 550 m² qui alimenteront le gymnase, l’école à côté et la cuisine centrale. Un beau projet écologique…[6]
Dans cette commune, dès qu’un investissement est dorénavant envisagé, les aspects écologiques sont pris en considération. Bien, mais ne serait-il pas possible de faire mieux, plus pertinent et plus efficace ?
En effet, en application des engagements pris lors de la COP 21 à Paris en 2015 sur un réchauffement limité à +1,5°, l’Union européenne a fixé pour objectif la neutralité carbone de l’UE à l’horizon de 2050. Cet axe ne tient que si les entreprises et la puissance publique à tous les niveaux établissent des plans intégrant cet impératif. Donc ma commune comme toutes les communes de France, devrait entrer dans cette démarche de planification[7] et in fine ne pas se limiter à éventuellement faire des aménagements écologiques à l’occasion d’investissements motivés pour x raison mais à l’inverse, planifier des isolations, des changements de chaudière et donc, à cette occasion, faire d’autres aménagements : c’est l’inversion des priorités !
L’enjeu, c’est la France à +4°. Un niveau de température qui révolutionnera sous contrainte de toute façon notre vie (ou plutôt celle de nos enfants). A +4°, Il faudrait dès lors envisager l’assèchement des terres agricoles, l’intermittence des fleuves et rivières, des températures difficilement supportables l’été surtout pour les millions d’obèses qui peupleront la France faute d’une nourriture saine…
Il nous faut malheureusement oublier l’objectif de +1,5°, il est mort. Nous avons trop tardé à réagir mais il est encore possible d’éviter le scénario catastrophe à +4° qui est, ne l’oublions pas, celui de prévention prévu par le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC) pour la France adopté le 10 mars 2025.
Revenus privés ou prélèvements obligatoires ?
Une autre question est sous-jacente à la précédente : un plan énergie au niveau local en phase avec les objectifs de la neutralité carbone à l’horizon de 2050 peut-il entraîner une hausse des impôts locaux ? Sur le plan théorique, absolument.
Dès lors que faut-il faire ? Rogner sur d’autres investissements ? Limiter le plan énergie pour le faire entrer dans le carcan de la fiscalité actuelle ? Faut-il emprunter au niveau de la commune ou via une autre institution qui subventionnerait la commune ? Toutes ces options doivent être étudiées voire utilisées. Un mixte financier pour un mixte énergétique ?
Ceci dit ne pourrait-on pas déroger à la règle d’or[8] de la non-augmentation de la « pression fiscale » ? Le dogme, la mode du « ras le bol » fiscal est-il raisonnable ? Chacun peut comprendre qu’une personne à faible ou très faible revenu qui pêne à payer son loyer ou les fluides liés à son logement renâcle à voir sa pression fiscale augmenter. Mais qu’en est-il des classes moyennes et des plus riches ? Pour ces derniers, et de façon très variable selon le niveau individuel des revenus et patrimoines, une augmentation des prélèvements obligatoires se fait sûrement en rognant simplement des placements financiers voire, pour les cas les plus limites, au détriment de la consommation. Mais quelle consommation ? Cette surconsommation que nous dénonçons par ailleurs ? Et faut-il s’apitoyer sur la diminution des placements financiers voués in fine à alimenter l’héritage si la contrepartie est de laisser aussi en héritage à nos enfants une terre transformée en chaudron caniculaire ?
Si donc l’on admet qu’une augmentation des prélèvements obligatoires[9] n’est pas un drame à partir du moment où elle finance en contrepartie une politique favorable à l’ensemble de la population, il faut néanmoins résoudre l’impasse budgétaire des gens les plus modestes. Et l’on en revient à la question de la répartition des rémunérations au sein des entreprises avec d’un côté des salariés aux revenus insuffisants pour vivre quand d’autres dépensent futilement ou placent leur argent dans de mauvais produits financiers.
Ainsi, pour en revenir à notre question initiale, l’écologie est-elle un sujet clivant dans le cadre d’élections locales (ou autres) ? Elle devrait l’être avec d’un côté, l’écologie cosmétique des « petits gestes » et de l’autre « l’écologie populaire », certains diraient « humaniste », c’est-à-dire que l’enjeu est celui d’une réponse municipale et intercommunale à la hauteur du défi écologique qui chaque jour ne cesse de grossir : une terre qui se réchauffe de plus en plus rapidement, une biodiversité qui tend à s’appauvrir. Plus on chauffe, plus on roule, plus les gaz à effet de serre s’accumulent et plus nous voyons la température de la terre augmenter. Jusqu’où ? Jusqu’à l’inhabitabilité ? L’invivabilité ? Bof !
[1] Très faible incidence des variations du rayonnement solaire ou de l’activité volcanique
[2] GES : Gaz à effet de serre comme le dioxyde de carbone (CO2), le méthane, le protoxyde d’azote et les gaz fluorés (gaz fluorés 23000 fois plus dangereux que le CO2)).
[3] dont le pouvoir risque de s’étendre dans les mois qui viennent
[4] En effet, depuis la loi SRU toutes les communes font plus ou moins de logement social !
[5] Moins de consommation, moins de déplacements, moins de surface de logement ou consomment plus faute d’habitats bien isolés
[6] Inauguré 2 semaines avant les élections… un hasard sans doute.
[7] Le PCAET ou Plan climat-air-énergie territorial, créé en 2016, peut être cet outil de planification s’il est cohérent avec l’objectif des +1,5°. Il s’impose dans les intercommunalités de plus de 20.000 habitants. Il doit être participatif et il est révisé tous les 6 ans.
[8] Allusion indirecte à la règle que certaines institutions tentent d’adopter dans leur « pacte budgétaire » : un déficit public structurel d’un pays ne doit pas dépasser 0,5 % de son PIB.
[9] France 1er pays avec déjà des prélèvements obligatoires à 45,6% du PIB, UE à 40% et environ pour les Etats-Unis 27% et le Japon 30%. Notons que ce qui n’est pas couvert par des prélèvements obligatoires et l’est très souvent par des dépenses privées voire plus onéreuses.