L’eau représente 1.400 millions km³ soit ½ millième de terre, l’eau douce 40 millions de km³ et l’eau potable 0,14 km³ soit 0,0001% de l’eau totale . C’est dire la rareté de cette ressource. Ces chiffres incluent les eaux superficielles et souterraines.
Ces chiffres incluent les eaux superficielles et souterraines.
Les eaux de surface sont les plus faciles à gérer, car elles sont visibles, mais cette visibilité en fait aussi une source d’inquiétude immédiate car c’est en quelque sorte un baromètre de la situation hydrique.
Les eaux souterraines sont constituées des réserves d’eau stockées dans les roches poreuses et perméables du sous-sol, les aquifères et ne représentent que 22% de l’eau douce disponible. Une nappe aquifère est un milieu poreux, généralement d’interstices (sables et graviers) mais aussi de chenaux, généralement continus et saturés en eau.
Loin d’être isolées du cycle de l’eau, les eaux souterraines communiquent avec les milieux aquatiques de surface. Les aquifères souterrains sont la réserve majeure (98 à 99 %) de l’eau douce sur les terres émergées. Toutefois, toute l’eau contenue dans les nappes n’est pas exploitable ; seule l’eau de gravité[1] est disponible et exploitable par un forage ou par un puits.
On distingue
- Les nappes phréatiques, ou nappes libres, réserves d’eaux souterraines situées à faible profondeuren contact avec l’air par la zone d’aération où se mélangent air et eau. Elles sont directement alimentées par les eaux de pluie, avec des temps de réaction courts. Les fluctuations de ces nappes sont rapides et peuvent être importantes. Leur usage est essentiellement agricole.
- Les nappes profondes, nappes captives, isolées de la surface par des couches de terrain imperméables et de ce fait sous la pression de ces couches, ce qui leur confère un niveau dit piézométrique (surface théorique en équilibre avec la pression atmosphérique) ascendant voire jaillissant. Elles sont alimentées pour une faible part par l’infiltration des eaux des nappes sus-jacentes (phénomène de drainance) et pour l’essentiel par les venues de l’amont.
Dans des systèmes multicouches, on peut avoir plusieurs nappes superposées.
État de la ressource: Si la quantité d’eau n’a fondamentalement pas varié depuis la formation de la terre il y a environ 4,5 milliards d’années, la quantité d’eau disponible a, dans les périodes récentes globalement diminué, de façon temporaire ou permanente sous l’effet de plusieurs actions anthropiques : l’accroissement de la population et le développement d’activités industrielles ou ludiques utilisatrices d’eau, la dégradation de la qualité (pollutions industrielles ou agricoles -pesticides et nitrates), contaminations notamment marines par introduction du biseau salé dans les aquifères littoraux liées à une surexploitation.
Le changement climatique induit par l’homme influe sur le cycle de l’eau. Si la quantité de précipitations annuelle ne diminue que peu, la façon dont elles se répartissent change, avec des alternances de périodes de sécheresse et de fortes et même très fortes pluies.
Toutes ces considérations font que l’eau est soumise à des concurrences d’usage tant au plan mondial que national ou encore régional à local qui se sont accentuées au fil des ans.
L’action la plus importante est certainement le partage de la ressource ; en effet, les situations sont contrastées :
- La quantité d’eau est très inégalement répartie : 9 pays (Chine, États-Unis, Brésil, Russie, Inde, Colombie, Pérou, Canada et Indonésie) se partagent 60 % de l’eau douce totale dans le monde .
- L’accès à l’eau, bien que relativement facile puisque généralement située à faible profondeur est très dépendant de l’état de développement des pays ; pour les pays en voie de développement, cet accès, tout comme l’assainissement posent de graves problèmes. Ces questions sont d’ailleurs à l’origine de conflits voire de guerres entre pays voisins
- On peut assister à des situations de pillage de la ressource par exemple pour l’exploitation des nappes très profondes et fossiles du Sahara Occidental.
- Au sein même des pays disposant de la ressource, et c’est la cas de la France, les concurrences d’usage sont fréquentes entre agriculture et autres usages, notamment industrie, mais aussi exploitation des nappes -superficielles versus profondes- notamment dans la période de dérèglement climatique que nous subissons. Les besoins en eau pour l’agriculture sont transférés progressivement des ressources de surface (cours d’eau) vers les nappes souterraines phréatiques puis profondes, à mesure que les niveaux baissent, ce qui introduit le risque de détérioration de la qualité.
Cette situation a conduit le gouvernement français à mettre en place un Plan Eau avec pour objectif d’organiser la sobriété des usages de l’eau pour tous les acteurs, d’optimiser la disponibilité de la ressource, de préserver la qualité de l’eau et de restaurer des écosystèmes sains et fonctionnels.
Reste posée la question du changement climatique qui est, dans l’immédiat traitée par la mise en place de processus d’adaptation de ses effets. Ces mesures d’adaptation risquent de s’avérer insuffisantes si l’élévation de température est importante ; il faut d’ores et déjà recourir à des mesures d’atténuation de nos émissions de gaz à effet de serre, ce qui suppose un changement ou tout au moins une forte modération de nos modes de vie, car rien ne pourra se faire sans la participation de chacun.
En conclusion, l’eau fournit tous les services écosystémiques d’approvisionnement, de régulation, culturel et de maintien de la paix ; ces fonctions vitales pour l’homme sont menacées ce qui implique d’en prendre le plus grand soin par des actions incluant l’ensemble des acteurs, c’est-à-dire nous tous, autour d’une gouvernance ouverte, plus efficace, plus lisible, plus équitable.
Henri GOT
[1] Eau qui est drainée à travers un sol par action gravitationnelle