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Eau et plastiques : trop c’est trop !

Photo de Çağrı KANMAZ sur Pexels

Économique, résistant et flexible, le plastique est partout : emballages, vêtements, produits de beauté… Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), sa production est passée de 234 à 460 millions de tonnes entre 2000 et 2019[1].

C’est le 3ème matériau le plus fabriqué après le ciment et l’acier.

Sa relation avec l’eau est à la fois incontournable et funeste, ce tout au long du cycle de vie du plastique.

Trop d’eau pour le plastique : un processus de production gourmand en eau

La grande majorité de nos plastiques est issue de dérivés du pétrole. L’eau est massivement utilisée pour les besoins de forage, de fracturation hydraulique, de complétion et de traitement des puits. Les projections de l’OCDE[2] évoquent un triplement de la production de plastiques d’ici 2060 (1231 Mt), ce qui fera croître dans les mêmes proportions l’eau nécessaire à sa fabrication.

La nécessité d’un recours moindre au plastique s’impose mais les producteurs d’hydrocarbures ne l’entendent pas de cette oreille qui voient dans le plastique un relais de croissance face à la baisse attendue de la demande énergétique fossile. Aujourd’hui encore, l’industrie pétrochimique continue d’investir massivement dans de nouvelles capacités de production[3].

Depuis mars 2022, les Nations unies négocient un traité international visant à lutter contre la pollution plastique. Toutefois, ces négociations restent difficiles : plusieurs cycles de discussion n’ont pas abouti à un accord en raison de désaccords sur la limitation de la production de plastique[4].

Trop de plastique dans l’eau : des impacts sur les espèces sauvages et la santé humaine

Les plastiques, initialement conçus pour être utilisés comme des matériaux de longue durée, sont surtout employés pour des usages uniques de courte durée. 81 % des plastiques mis en circulation deviennent des déchets avant une année. (Source : Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques[5])

Et nous sommes loin d’être dans une économie circulaire du plastique puisque seul 9% des déchets est recyclé. 19% incinéré ; le reste (72%) est mis en décharge puis enfoui ou mal géré (OCDE).

Selon la Fondation Ellen Mac Arthur[6] ; 72% des emballages plastiques ne seraient pas collectés de manière efficace dans le monde.

Collecte imparfaite et faible taux de valorisation sont les ingrédients pour une formidable dispersion des déchets dans la nature.

Ainsi, l’OCDE estime à 6.1 millions de tonnes de macro plastiques (fragments de plus de 5mm) les rejets annuels dans les milieux aquatiques. Le stock accumulé dans ces mêmes milieux serait de 140 millions de tonnes.

20 % des déchets sont produits en mer et proviennent des activités de pêche, de navigation et des plateformes de forage…

Les 80 % restants sont d’origine terrestre : déchets jetés dans la rue, décharges illégales, fibres de polyester et acryliques qui partent avec l’eau de lavage des vêtements, poussières de pneus qui rejoignent les eaux pluviales… Ces déchets arrivent en mer le plus souvent via les égouts ou des rivières.

La vision la plus symbolique de cette pollution est le 7ème continent  du Pacifique Nord : c’est une « soupe de déchets », pas une île flottante compacte mais un ensemble diffus et mouvant. Cette zone s’étendrait sur plus de 1,6 millions km², soit trois fois la surface de la France !

C’est une menace pour les écosystèmes et la santé ; les macro plastiques provoquent l’étranglement de mammifères marins et d’oiseaux dans les filets, l’ingestion mortelle de déchets plastiques par des oiseaux, poissons ou tortues, des risques pour la navigation (accidents, blocage des hélices…), la pollution des fonds marins.

Pour les microplastiques (moins de 5mm), la première conséquence est l’ingestion. Le plastique contient des additifs chimiques qui peuvent être des perturbateurs endocriniens, cancérigènes ou provoquer des réactions toxiques. Les Européens avalent environ 11 000 morceaux de plastique dans leur nourriture chaque année par la consommation de produits de la mer. Les conséquences sanitaires sont encore mal connues. Les plastiques une fois ingérés sont-ils encapsulés par les tissus et oubliés par le corps, causent-ils de l’inflammation, libèrent-ils des produits chimiques ?

Vu les prévisions de croissance de la production de plastiques et les dégâts déjà avérés, le principe de précaution s’impose afin de prendre des mesures adaptées pour lutter contre les fuites de plastiques dans l’environnement.

Trop de plastique sur l’eau : le colonialisme des déchets.

Les pays riches ont longtemps externalisé la gestion de leurs déchets les plus difficiles à recycler vers des pays à revenus faibles.

Depuis l’interdiction des importations de déchets plastiques par la Chine en 2018, les flux internationaux ont diminué, mais les exportations persistent vers certains pays moins équipés pour traiter ces déchets.

Ces pratiques soulèvent des enjeux environnementaux, sanitaires et sociaux majeurs, notamment en matière de protection des travailleurs et des populations locales.

Les pays exportateurs portent une responsabilité importante dans ces situations

Trop d’eau dans du plastique : l’aberration des eaux en bouteille

Marchandisée pour étancher notre soif ou notre gourmandise (dans le cas des boissons abondamment sucrées), l’eau est massivement conditionnée en bouteilles plastiques. Tout commence par un formidable accaparement de sources, de nappes, opéré au profit d’entreprises de l’agroalimentaire. Celles-ci puisent des milliards de m3 d’eau dans des nappes ou des gisements profonds qui peinent à se recharger. Réputées pures, ces eaux ont cependant fait l’objet de traitements interdits par la réglementation ainsi que l’a révélé une enquête journalistique début 2024. Ensuite, distribuées en France ou exportées, les bouteilles d’eau affichent une empreinte carbone 1500 fois plus élevée que l’eau du robinet. Facturées en moyenne 60 fois plus cher que cette dernière (qui est l’aliment le plus contrôlé en France), les bouteilles d’eau, une fois consommées sont le type de déchet plastique le plus fréquemment retrouvé sur nos rivages, d’après les organismes de surveillance de la pollution des plages. Le chemin du plastique serait incomplètement tracé si l’on omettait les microplastiques que nous ingérons et provenant de la bouteille, du bouchon ou du processus d’embouteillage.

Malgré tout cela, magie du marketing, le marché se porte bien et voit se développer des offres Premium.

La pollution plastique est l’un des grands problèmes environnementaux du XXIe siècle. En souillant de façon incontrôlée cours d’eau, eaux souterraines,  océans, et en continuant à produire toujours plus de plastiques, c’est à une formidable intoxication de la ressource qui nous est la plus vitale que nous nous livrons.

De là où nous sommes, portons l’information, manifestons pour une radicalité dans les décisions publiques pour minimiser la pollution plastique, inventons un récit pour une sobriété heureuse. La tempérance est requise et il est préférable renoncer à vivre, selon le mot de l’auteure C. Ngozi Adichie, des « vies en plastique », vies à l’américaine fondées sur des valeurs factices de paraître et de surconsommation.

Jean-Marc Dizel


[1]  OCDE (2023), Perspectives mondiales des plastiques : Scénarios d’action à l’horizon 2060, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/c5abcbb1-fr

[2] OCDE Ibid

[3] https://reporterre.net/Total-va-construire-une-usine-geante-de-plastique-en-Arabie-saoudite?

[4] https://www.reuters.com/sustainability/climate-energy/analysis-what-can-break-global-deadlock-over-plastics-2025-08-20 

[5] https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/contenu/visualisation/320346/file/2020_0063_rapport_pollution_plastique-compress%C3%A9.pdf

[6] https://foundation.make.org/actions/collectif-moins-de-plastique


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