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Focus sur les méga-bassines

Photo Bassines non merci

Les sécheresses récurrentes mettent en péril le rendement des cultures traditionnelles.

En France métropolitaine, l’agriculture représente 58% de la consommation d’eau[1] et la ressource « eau » a déjà baissé de 14 % entre les périodes de 1990–2001 et 2002–2018 ; elle pourrait encore diminuer de 40% d’ici à 2050.

Pour se prémunir contre des pénuries d’eau, le recours à l’irrigation s’est accru (augmentation des surfaces irriguées de 14% ces 10 dernières années) ; pour sécuriser leurs besoins en eau, de plus en plus d’agriculteurs irrigants développent des réserves de substitution dénommées également bassines ou méga bassines pour les plus imposantes.

Sainte-Soline, le 25 mars 2023 avec sa violence extrême est devenu le symbole emblématique de la « guerre de l’eau » résultat de deux volontés ouvertement contradictoires entre :

  • La volonté d’un exécutif qui veut, quoi qu’il en coûte, pouvoir financer largement et protéger l’installation (partout où cela s’avère nécessaire) de méga-bassines pour offrir à l’agriculture classique les moyens de perdurer,
  • La volonté de citoyens et d’activistes qui souhaitent coûte que coûte « désarmer » concrètement des projets manifestement à leur yeux écocidaires c’est-à-dire rendre, par la dégradation, inutilisables ces méga-bassines.

Qu’est-ce qu’une méga-bassine ?

Il ne convient de ne pas tout mélanger : une retenue collinaire, un barrage d’un côté, et une réserve de substitution dite « méga-bassine » de l’autre.

Une méga-bassine est une réserve artificielle d’eau, un trou géant de plusieurs hectares (8 ha en moyenne soit 18 terrains de football) creusé en plein champ entouré d’une digue de terre d’une dizaine de mètres de haut et tapissée de plastique. Ces bassines peuvent contenir jusqu’à 650 mille mètres cubes d’eau (260 piscines olympiques) pompée directement dans les nappes phréatiques hors période estivale, l’hiver de préférence. Elles nécessitent des kilomètres de canaux d’alimentation (18 km dans le cas de Sainte Soline).

Il existe en France environ 150 méga-bassines ; une centaine serait en projet suite au Varenne de l’eau de 2022 mais aucune liste officielle n’existe. 7 sont illégales et 15 ont été « désarmées » (sabotées) par des opposants d’après l’association « Les soulèvements de la Terre » (SDT).

Elles sont financées à 70% par l’argent public via les agences de l’eau ; les 30% restant sont à la charge du maître d’ouvrage. Le coût de la réserve de Sainte-Soline s’élève à 7 millions d’€. Les charges de fonctionnement – en particulier l’énergie pour les pompes très gourmandes en électricité – sont supportées par les agriculteurs.

Les méga-bassines appartiennent à plusieurs types d’acteurs : des coopératives départementales de l’eau (17, 79, 86, 87,), les CUMA (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole), des ASA (Associations Syndicales Autorisées) irrigants, la CACG (Compagnie d’Aménagement des Côteaux de Gascogne).

Ces « réserves de substitution » ont leurs défenseurs : des agriculteurs, la FNSEA et bien sûr, les entreprises constructrices de bassines, les banques, les industriels du monde agricole.

Mais elles ont leurs détracteurs, de nombreuses ONG soucieuses de l’environnement, de nombreux scientifiques, ingénieurs et intellectuels, certains agriculteurs notamment favorables à l’agriculture biologique, la Confédération paysanne…

Quant à l’opinion publique, elle est partagée ; elle aime bien les agriculteurs mais pas pour autant les bassines ; quoi qu’il en soit les bassines ne peuvent pas être la seule solution.

Les méga-bassines : où est le problème ?

Si les méga-bassines présentent des avantages pour leurs exploitants, elles posent aussi de nombreux problèmes :

  • Elles impactent leur milieu naturel et la biodiversité (épuisement des nappes phréatiques, détournement de la politique de sobriété, augmentation des sécheresses)
  • Elles accaparent l’eau au détriment d’autres utilisateurs pour d’autres services ; l’eau, bien commun, ne l’est plus une fois stockée dans la bassine, quels que soient les besoins d’autres usagers
  • Elles contribuent à maintenir artificiellement un modèle agro-industriel condamné à terme, notamment quand il s’agit de productions gourmandes en eau (maïs[2], élevage industriel…)
  • Elles sont sources d’inégalités entre agriculteurs (irrigants et non irrigants)
  • Elles altèrent la qualité de l’eau fraîche et pure des nappes phréatiques qui stockée en bassine à ciel ouvert s’évapore et développent différentes algues et bactéries
  • Elles ne sont pas démocratiquement décidées par toutes les parties prenantes mais autorisées par les préfets sous pression de la puissante FNSEA

Notons d’ailleurs que si les retenues d’eau sont en général soumises au régime juridique des « installations, ouvrages, travaux ou activités » (IOTA) prévu par le code de l’environnement qui impose selon les situations des déclarations ou des autorisations par les préfets (articles R214-1 à R214-56 du code de l’environnement), notons que ces derniers sont très ouverts aux desiderata des agriculteurs souvent pour ne pas à avoir à affronter physiquement la colère d’ agriculteurs très musclés. Notons en outre, que si souvent la puissance publique soutient la création de ces méga-bassines, ces dernières n’y font pas l’unanimité notamment devant les tribunaux.

Philippe Marguerit


[1] La consommation d’eau en France : 33 milliards m3 sur une pluviosité de 175 milliards m3 dont 25% pour l’eau potable, 25% pour l’industrie et l’énergie et 50% pour l’agriculture

[2] La production du maïs consomme à elle seule 50% de l’eau consacrée à l’agriculture française, maïs qui sert essentiellement à la production animale !


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