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Eau et transports : où est le problème ?

Photo de Julia Volk sur Pexels

Déjà au 3ème siècle avant notre ère, Archimède savait le rôle majeur de la marine dans le commerce et la guerre sur les fleuves et les mers. Il n’imaginait sans doute pas son essor prodigieux dans le temps. William Turner nous peint la révolution des transports avec la machine à vapeur, sur la terre et sur mer, puis Rudolph Diesel décuple le potentiel de la navigation avec son moteur au début du 20ème siècle.

80% du commerce mondial transite par les océans, soit 11 milliards de tonnes avec une part prépondérante pour l’Asie qui possède plus de la moitié des navires de gros tonnage. Pour raisons fiscales, près de la moitié des capacités de chargement sont enregistrées au Liberia, Panama et Iles Marshall.

Le transport fluvial est une caractéristique du réseau navigable français, qui est le plus long d’Europe avec 8 500 km. 6 700 km de canaux fleuves et rivières sont gérés par VNF[1], dont 2400 km en grand gabarit, qui assurent 3,2% du transport de marchandises en volume en France, derrière le rail (17%) et la route (80%). L’absence de croissance du trafic s’explique sans doute par le pouvoir des transporteurs routiers. Cependant, les ministères de l’écologie et des transports lancent une stratégie fluviale notamment pour améliorer les structures fluviales et portuaires, déjà commencée avec l’interconnexion avec le chemin de fer favorisée par un partenariat Rail-Voies Navigables de France depuis 2021.

Mais les transports maritimes et fluviaux sont maintenant davantage impactés par le changement climatique et les conflits (ces deux facteurs étant souvent liés), qui causent des obstacles à la circulation et appellent des mesures nouvelles pour réduire les pollutions et émissions de gaz à effet de serre.

Obstacles à la circulation :

Les fleuves et canaux voient leur trafic fortement impacté en période de sécheresse :

  • Le Rhin a vu son trafic baisser de 14% en 2022 aux écluses de Gambsheim impactant l’approvisionnement des industries en amont.
  • Le canal de Panama assure 6% du commerce mondial mais voit son niveau d’eau affecté par la sécheresse, qui ralentit de 40% le trafic marchandises.
  • Le canal de Suez a fait transiter 12 à 15 % du commerce mondial en 2023, et son trafic a baissé de 42 % et de 67% pour les porte-conteneurs depuis les premières attaques houthis.
  • Les canaux français sont fortement impactés par la sécheresse qui bloque ou ralentit le trafic, par exemple le Canal de Bourgogne, et le Canal du Midi.

Ces blocages ou ralentissements font exploser les prix, les délais et les émissions de CO2. Ils menacent la souveraineté économique des nations, et leur imposent de renforcer leur stratégie d’autonomie économique.

Réduction des émissions de GES et des pollutions

Le transport maritime domestique et international est confronté aux mêmes impératifs de réduction des GES[2] que les autres secteurs d’activité.

Les émissions de GES du transport maritime font 3% des émissions globales, presque autant que le transport aérien, ce qui en ferait le 6ème émetteur mondial en le comparant aux pays. Au lieu de régresser, cette part continue de s’accroître, ce qui menace l’engagement de l’Organisation Maritime Internationale (OMI)[3] de réduire à zéro les émissions nettes de GES provenant des transports maritimes internationaux avant 2050, et sa garantie de l’adoption de combustibles de substitution à émissions de GES nulles ou quasi nulles d’ici 2030. « L’ajustement à l’objectif 55 » adopté par la Commission Européenne en avril 2023 révèle l’urgence des mesures visant à réduire les émissions nettes de GES d’au moins 55 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 1990 et d’atteindre la neutralité climatique en 2050, allant dans le sens de la décision de l’OMI de juillet 2023.

Le 6ème rapport d’évaluation du GIEC d’avril 2022 préconise l’usage de carburants alternatifs comme l’hydrogène, l’ammoniac, les biocarburants et d’autres carburants synthétiques, en soulignant les problèmes techniques et de coûts.

Plus les stratégies d’adaptation tarderont et plus le taux de réduction impératif des GES sera élevé ; les travaux scientifiques, cruellement vérifiés par les faits, ne prévoient rien de bon pour l’humanité en cas de dépassement.

La taxe carbone pourrait être une solution possible, mais elle se heurte au statut international des océans, échappant à l’autorité des états.

La réduction des GES passe aussi par les nombreux programmes de construction de cargos à voile de toutes tailles, sachant que les « voiles » adoptées sont souvent très différentes des voiles classiques et pilotées par informatique avec ou sans IA. Ainsi le Canopée (121m le long) aux voiles « ailes d’avion verticales » transporte les fusées Ariane 6 à Kourou, construit après le Pyxis Ocean navire à voiles japonais de 229 mètres de long. Le Neoliner, cargo roulier de 136 mètres à voile est en construction en Turquie et sera lancé en 2025. Le MT Chemical Challenger, chimiquier de 16 000 tonnes effectue ses essais en mer. La goélette bretonne Grain de Sail de 52 m fait sa première traversée transatlantique vers New-York en mars 2024!

Ces développements technologiques réduisent tout (sauf moteur pour les manœuvres au port) ou partie de la consommation d’énergie fossile.

La réduction des pollutions de l’air a conduit l’OMI à réduire le taux de soufre du fioul-oil de 3,5 à 0,5% en 2020, et à créer une zone de contrôle des émissions d’oxydes de soufre et de particules (zone Seca) limitant le taux de soufre à 0,1% sur l’ensemble de la mer Méditerranée pour le 1er mai 2025. Une « zone maritime particulièrement vulnérable » (ZMPV) est définie en mer Méditerranée nord-occidentale pour réduire les risques de collisions des navires avec les cétacés.

La pollution de l’air est plus dense dans les villes portuaires, Marseille étant la plus polluée de France, avec de réels risques sanitaires

La « normophobie » qui s’étale si souvent sur les chaînes dites d’information et les réseaux sociaux est contredite par la montée des mesures internationales en vue de limiter le réchauffement climatique et les pollutions nuisibles à la biodiversité et à la santé.

Guy Debaux


[1] Voies Navigables de France, établissement public à caractère administratif chargé de gérer environ 80 % du réseau des voies navigables françaises

[2] Gaz à effet de serre

[3] Organisation maritime internationale : institution spécialisée de l’ONU, spécialisée dans les questions maritimes relatives à la navigation


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