L’industrie, tout comme l’agriculture et l’élevage, a besoin d’eau pour différents usages. Cela va du nettoyage jusqu’à l’eau dans le produit final. Les ressources sont les mêmes que celles de l’eau destinée à la consommation humaine. Il s’agit des eaux de surface (rivières et lacs), eaux souterraines voire eau de mer. L’industriel peut aussi utiliser l’eau potable distribuée par la collectivité locale. Il y a une tendance au recyclage.
Une fois prélevée, l’eau est dite « brute ». Elle est parfois utilisée comme telle, mais doit généralement faire l’objet d’un traitement avant utilisation, en fonction des caractéristiques requises par l’activité industrielle : clarification, désinfection, potabilisation, déminéralisation, etc. Par exemple, l’agroalimentaire peut nécessiter de l’eau potable, la production de médicaments de l’eau ultra pure, etc. Lorsque l’exploitant prélève lui-même l’eau dans le milieu naturel, il doit se charger de réaliser ces traitements, ce qui lui impose de disposer d’une station de traitement. Une fois traitée, elle est qualifiée d’eau de procédé.
Lorsque l’industrie est indépendante de toute structure collective, elle est soumise à une déclaration des volumes prélevés et rejetés dans le milieu naturel. Si l’eau qui sort de l’unité industrielle a une qualité non conforme quant aux paramètres physico-chimiques, voire biologiques, l’utilisateur doit procéder à un traitement dit d’épuration. Le prélèvement et le rejet sont soumis à une facturation comportant le montant assis sur les volumes prélevés et rejetés.
Les besoins en eau des industries sont liés à l’activité en termes de qualité et de quantité. Une centrale nucléaire a besoin principalement d’eau brute utilisée pour réguler la température du réacteur. Généralement, l’eau est prélevée dans le milieu naturel. La température doit être au maximum de 25°C. En période estivale, le cours d’eau peut voir son débit fortement réduit, c’est l’étiage[1]. C’est le cas de la Moselle qui reçoit l’effluent de la centrale nucléaire de Cattenom. Pour ne pas devoir ralentir voire arrêter cette centrale, une réserve d’eau a été construite en amont de la Meurthe, il s’agit de la retenue de « Pierre percée ».
Les eaux de fabrication, autres que l’eau utilisée pour le nettoyage de l’installation : sol, matériel de production, sont celles qui rentrent dans le procédé, soit en tant que substance dans le produit, soit comme vecteur du procédé. Pour le premier cas, il s’agit des industries agroalimentaires, pharmaceutiques, produits ménagers. Pour le second cas il s’agit d’utiliser l’eau dans le procédé. On peut citer la métallurgie et la minéralurgie, les traitements anticorrosion de métaux : industrie automobile, l’extraction de métaux et matières minérales. Les volumes utilisés sont souvent importants et conduisent à de rejets en sortie d’installation qu’il convient de traiter.
Les industries extractives ont pratiquement disparu en Europe occidentale depuis les années 90. En revanche, les sites, qui ne sont plus actifs, et qui pour la plupart, abandonnés, sont dits orphelins c’est-à-dire sans propriétaires solvables, comportent des volumes énormes d’eau stockés dans ce qu’on nomme digues à stériles. On peut donner l’exemple de la mine d’or de Salsigne proche de Carcassonne, où l’eau stockée est polluée par l’arsenic. Outre les poussières qui sont dispersées dans l’atmosphère par le vent, l’eau polluée ruisselle polluant les sols, voire la nappe phréatique et l’Orbiel, cours d’eau proche. Ainsi, l’activité de maraîchage en aval du site a été interdite à cause de la contamination des produits.
Il est possible de citer de nombreux sites pollués par l’activité minière et métallurgique :
- L’usine de Metaleurop à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) a émis pendant des décennies des fumées contenant des poussières contenant des métaux : plomb, zinc, cadmium, etc. Cette ancienne fonderie était le site industriel le plus pollué de France à sa fermeture. L’État a fait preuve de « complicité » dans cette gigantesque pollution dont les effets sont toujours présents. Les anciennes générations ont grandi avec ses épaisses fumées noires qui sortaient au loin de l’emblématique cheminée de cent mètres de haut, le panache long de 10 km et large de5 a épandu sur le sol du champ captant : ressource de l’eau potable pour l’agglomération. En 2003, il a été procédé à la fermeture brutale de l’usine « sans préavis ni plan social » annoncée par communiqué. Jacques Chirac qualifia alors ses représentants de « patrons voyous », laissant sur le carreau plus de 800 salariés.
- Le Lot (la rivière) a été pollué par l’activité minière de différentes entreprises. Les sédiments restent contaminés en particulier par le cadmium.
- Les 17 sites d’extraction de l’uranium en France ont généré une quantité importante de matériaux solides des déchets radioactifs. Les doutes sur les impacts environnementaux ne sont pas levés. Ces stériles sont matériauxradioactifs utilisés jusque dans les années 2000 pour construire des routes, des aires de jeux, des hangars d’entreprises. La dernière unité n’a fermé qu’en 2001. La radioactivité, certes faible, s’exprime avec les infrastructures contaminées, mais représente un risque de contamination des eaux de surface par le ruissellement et de nappes phréatiques par percolation.
- Le site de Saint Yrieix la Perche dans le Limousin a eu une activité d’extraction de minerai d’or. Le traitement du minerai mettait en œuvre du cyanure. Après la fermeture de l’usine, des fûts de cette substance hautement toxique sont restés entreposés dans un hangar. Des enfants venaient jouer à cet endroit. Heureusement, les fûts étaient bien fermés et pas du tout corrodés. Il y avait un risque potentiel de pollution de la nappe phréatique de par l’irresponsabilité des ex-exploitants et la négligence d’un contrôle de l’administration représentée par des ingénieurs des installations classées.
Il serait possible de citer d’autres exemples :
- La pollution de l’eau souterraine dans la vallée de l’Arve (Haute Savoie) causée par les entreprises de décolletage par le trichloréthylène utilisé pour le nettoyage des pièces et des machines.
- La pollution de nappes phréatiques par alkylphtalates utilisés dans la fabrication de toiles cirées.
- Les incendies ont souvent des conséquences graves pour le milieu aquatique.
En conclusion, la pollution de l’eau est importante. Elle est en partie due aux sites orphelins. Actuellement, les industriels sont d’en l’obligation de traiter leur eaux résiduaires que le rejet se fasse directement dans le milieu naturel ou dans les collecteurs en milieu urbain. Le problème réside dans le contrôle qui est ponctuel et non continu. Ainsi, un rejet d’une eau résiduaire polluée peut se produire.
Jean-Luc Cécile
[1] Le plus bas niveau des eaux d’un cours d’eau