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L’eau à boire : robinet ou bouteille ?

Photo de MART PRODUCTION

Il est recommandé de boire entre 1,5 et 2 litres d’eau par jour. Mais quelle eau consommer ? Eau du robinet ou eau en bouteille ?

L’eau du robinet n’inspire qu’une confiance limitée malgré sa grande qualité en France : c’est pourtant le produit alimentaire le plus contrôlé. Sa potabilité est évaluée à partir de 60 critères fixés par l’OMS et étalonnée sur la base des plus fragiles : nourrissons et femmes enceintes. Les traces de nitrates, de pesticides et de plomb sont très rares et en très faibles quantités. Quant au chlore et au calcaire, leur quantité est très faible dans l’eau, seul le goût est parfois désagréable mais sans danger pour la santé.

Les résidus médicamenteux, les PFAS[1] sont reconnus comme nocifs ; de nouvelles normes ont été établies en France et en Europe mais il n’y pas encore d’études scientifiques probantes à ce jour. Tous ces produits plus ou moins toxiques et nocifs à haute dose pour la santé se retrouvent dans les eaux du robinet comme… en bouteille !

La consommation d’eau du robinet est sans danger pour 96% de la population. Dans toutes les écoles de France, la boisson des restaurants scolaires est l’eau du robinet ! Seulement 4% de la population située dans des régions de culture intensive reçoit une eau non conforme[2].

Notons que, même si le prix de l’eau du robinet est très variable selon les communes, cette eau est jusqu’à 100 fois moins onéreuse que l’eau en bouteille !

L’eau en bouteille est consommée à raison (ou déraison) de 135 litres par français par an, chiffre au-dessus de la moyenne européenne (119), les consommations étant très variables d’un pays à l’autre[3].

On distingue eaux de source et eaux minérales :

  • Les eaux de source proviennent de nappes d’eau souterraines  et sont soumises à la même réglementation que l’eau du robinet. Elles ne subissent aucun traitement, ces eaux sont réputées plus pures que celle du robinet.
  • Les eaux minérales ont une origine souterraine, tout comme l’eau de source. En revanche, soumises à des normes spécifiques, elles peuvent atteindre des fortes teneurs en minéraux qui ne sont pas tolérées pour l’eau du robinet.

Potentiellement indiquées dans le cas de carences en minéraux , leur consommation doit être limitée si elle n’a pas de visée thérapeutique.

Inconvénients de l’eau en bouteille

Au-delà de son prix et de sa charge minérale, l’eau en bouteille présente de multiples problèmes dont il faut mesurer l’ampleur.

Un produit énergivore

Il a été calculé que la production d’une bouteille d’1,5 litre amenée jusqu’à son lieu de vente équivalait en rejet de C0² à un trajet en voiture Paris-Chartres (88 km) !

Un problème d’équité dans l’accès à l’eau

Qu’elle soit de source ou minérale, l’eau en bouteille provient d’un prélèvement direct dans les nappes phréatiques, ce qui, vu la raréfaction de la ressource pose un problème pour les industriels de l’eau en bouteille mais plus encore pour les citoyens : Hépar a dû fermer 2 sites sur les 6 qu’elle exploite et Volvic réduire ses prélèvements de 5%. Aussi, les entreprises cherchent de nouveaux sites. Ainsi, la société Alma[4] (Cristaline) vient d’acheter un terrain à Montagnac dans l’Hérault pour un prix dérisoire (30.000 €) mais surtout privatise une nappe phréatique classée « masse d’eau souterraine stratégique pour l’alimentation en eau potable » alors que la population locale peine à avoir de l’eau au robinet !

Un problème de qualité de l’eau en bouteille

Une étude scientifique publiée en janvier 2024 dans la revue américaine« Proceedings of the National Academy of Sciences montre que chaque litre contient entre 110.000 et 370.000 particules, dont 90 % de nanoplastiques, le reste étant des microplastiques.

Le type le plus fréquemment retrouvé dans les échantillons est le Nylon – provenant probablement de filtres en plastique utilisés pour purifier l’eau -, suivi du polytéréphtalate d’éthylène (PET), dont les bouteilles sont faites.

La question est de savoir si les doses constatées, beaucoup plus élevées qu’auparavant, sont dangereuses pour la santé… les études sont en cours.

La pollution des eaux… des sols, de l’air

Jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale, les bouteilles étaient en verre et consignées ; les packs d’eau sont maintenant en plastique. Encore du plastique, toujours plus de déchets plastiques que l’on retrouve par terre puis transportés jusqu’à la mer par les rivières et les fleuves. Tous les océans ont aujourd’hui « leurs » continents de plastiques qui lentement se désagrègent en particules fines, avalées par les poissons et les crustacés pour finir dans notre estomac. Les bouteilles en plastique sont un fléau pour la mer, pour nos rivières, pour notre santé. Il serait si facile d’interdire l’utilisation des bouteilles en plastique dans l’industrie. Qu’attend-on ?

La fraude des industriels de l’eau minérale… Vittel, Cristaline, Perrier, Hépar, St Yorre…

Le scandale a éclaté en janvier 2024 après plusieurs années de fraude par les sociétés Nestlé et Alma. Ces sociétés se prévalent dans leur publicité d’être des eaux naturelles avec une certaine qualité minérale et microbiotique alors qu’elles sont désinfectées, filtrées de façon importante, voire mélangées avec d’autres eaux quand ce n’est pas avec de l’eau du robinet ! Et tout cela au mépris de la réglementation. L’État connaissait le problème depuis un rapport de la DGCCRF[5] de 2021 maintenu confidentiel. Et suite au lobbying de Nestlé en particulier, une réunion interministérielle en février 2023 a assoupli la réglementation sur la filtration de l’eau.

Visiblement la justice n’est pas la même pour tout le monde… L’eau en bouteille, une grande mystification de l’agrobusiness ?

Accaparement de nappes ou de sources, forte contribution à la pollution plastique, comportements frauduleux, n’est-il pas de temps de mettre l’humain au premier plan, devant l’économie ?

Phlippe Marguerit


[1] « Polluants éternels » : plus de 4700 produits chimiques utilisés dans une grande variété d’industries et de produits de consommation. Lubrifiants, poêles en téflon, peinture, emballages alimentaires, revêtements antiadhésifs, mousses extinctrices, textiles résistants à l’eau, maquillage… 

[2] Au sein du Loiret, de la Seine-et-Marne, de l’Yonne, de l’Aube, de la Marne, du Pas-de-Calais et de la Somme

[3] Plus : Italie (199), Allemagne (174), Espagne (134) … Moins : Suède (10), Finlande (17), Danemark (21) …

[4] Alma commercialise : Cristaline, Saint-Yorre, Vichy, Thonon…

[5]DGCCRF : Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes


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