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De la montagne à l’océan par l’Adour : une approche de la gestion de l’eau

Au niveau des sites « Natura 2000 du Pays Basque », il faut insister sur deux points majeurs de pollution :

  • La pratique dite « d’écobuage », subventionnée par la Politique Agricole Commune dans la plus grande inégalité d’attribution des primes sur le fait que « plus tu es gros en surface « nettoyée » par le feu, plus tu touches » politique si chère à la FNSEA. Un rapport cinglant de la Cour des Comptes d’octobre 2018 pointe ces inégalités. Cette pratique est destructrice des sols, de la biodiversité et productrice de pollution atmosphérique en particules fines. Avec des éleveurs, des cueilleurs de plantes, des apiculteurs, des randonneurs et des scientifiques en botanique, hydrologie… et Santé-Environnement,  nous sommes au travers de l’association SEPANSO[1] « pour des alternatives à l’écobuage » qui devraient être subventionnées par la PAC. Il serait en outre souhaitable que cet « écobuage » autorisé et/ou incontrôlé rentre dans le Plan de Protection de l’Atmosphère de la Communauté d’Agglomération du Pays Basque.
  • La prise en considération de l’arrêt du 15 11 2021 du Conseil d’Etat, sur requête de l’ONG France Nature Environnement, qui ordonne au Gouvernement d’agir pour réduire drastiquement l’utilisation des pesticides dans les sites Natura 2000 et autour des captages d’eau pour l’alimentation humaine. Mais en 2024, à l’heure de la crise agricole, le Gouvernement recule sur les plans écophyto[2] et accepte une augmentation de l’utilisation de ces pesticides par l’agrochimie productiviste, polluante et subventionnée.

De la montagne à l’océan, l’Adour est soumis à ces pollutions agrochimiques et dans les plaines subit les rejets des Stations de Traitement des Eaux Usées (STEU) dont de nombreuses, comme PAU/LESCAR, sont non conformes en 2024 aux exigences de la Directive Eaux Résiduaires Urbaines (DERU) de …1991. A ces eaux s’ajoutent les pollutions industrielles telles que celles de la plateforme pétrochimique de Lacq sur le Gave de Pau qui rejoint l’Adour. Lequel traverse l’agglomération bayonnaise et la zone industrialo portuaire du port de Bayonne chargé d’une pollution subie par les riverains excédés.

Nous avons contribué à la mise en place d’une Etude de Zone pour appréhender les impacts sur les 4 communes estuariennes (Plan Régional Santé Environnement 2 de 2012).

Si l’environnement a été relativement cerné pour les retombées atmosphériques de métaux lourds, dioxines et furanes, … l’impact sanitaire  de ces polluants n’est pas abordé.

Le rapport scientifique de l’Institution Adour « Prospectives 2050 » indique que si le fleuve apporte plus de 4 milliards de m3 d’eau par an, actuellement, il n’en rejetterait plus que 2.5 milliards en 2050 avec l’impact décuplé des pollutions qui se concentreraient dans ce moindre débit du au réchauffement climatique.

Actuellement l’Adour apporte les nutriments nécessaires à la biomasse mais également beaucoup de polluants. A un niveau tel que « la mer ne sent plus l’océan » depuis plusieurs années tellement les eaux littorales sont saturées de ces « micropolluants ».

Parmi ces micropolluants les « détergents pétrochimiques » ont été pointés par « l’Appel  du Collectif de 60 scientifiques pour des détergents sans danger pour l’environnement » en 1998 et adressé au Gouvernement et à Bruxelles a été relayé par nos soins auprès des élus décideurs du Pays Basque. Sans aucune suite. Devant cette cécité de la part des élus décideurs et de l’Etat, nous avons effectué des prélèvements de mousses de tempêtes de Biarritz à Biscarrosse depuis 2014, analysés en laboratoire agréé. Les résultats attestent de la présence de ces molécules, toujours sur le marché en 2024, qui traversent les STEU et dont la concentration augmente d’année en année. Avec l’association SEPANSO nous avons saisi la Commission des pétitions du Parlement Européen qui nous a auditionné en visioconférence en présence de la représentante de la Commission UE. Notre dossier aura intégré la révision de la Directive REACH[3] sur les produits chimiques. Nous prolongeons notre action au niveau de la recherche des « perturbateurs endocriniens » dans les mousses de tempêtes avec un laboratoire de recherche spécialisé ATOXIGEN 33, CHU de Pessac. Mais attention : qui dit mousses de tempêtes dit embruns chargés de ces « micropolluants » qui peuvent impacter la santé, si on les respire.

En 2023, l’émission « Vert de Rage » de FTV5 a porté son attention sur l’exposition aux risques d’intoxications des pompiers durant leurs interventions par les « retardateurs de flammes» (RDF). Or les rapports successifs de l’IFREMER[4] sur ces « polluants persistants » indiquent que des rivières, fleuves et estuaires en France dont l’Adour, la Nivelle et la Bidassoa transfrontalière au Pays Basque sont pollués par les RDF. Vert de Rage, nous a demandé de les accompagner sur la Nivelle pour échantillonner les eaux potables, usées et les urines de 29 enfants. Les résultats, inquiétants, du fait que l’imprégnation par les RDF est 3 à 5 fois plus élevée chez les enfants de la Nivelle que pour une même classe du même âge en Ile de France. Ces résultats ont été présentés aux parents lors d’une réunion publique que  nous avons organisée en décembre 2023. Le pôle Environnement du Tribunal Judiciaire de Bayonne  nous a demandé d’être à sa disposition pour témoigner.

Dans le registre du « cocktail chimique », survient la pollution due aux « plombs de chasse » sur la montagne la Rhune ainsi que les « plombs de pêche » autour des rochers côtiers.

L’Eau nous interpelle dans beaucoup de moments de notre vie quotidienne. Pour nos besoins propres comme par l’actualité. « …Comme l’essentiel est d’abord de pourvoir à la santé des habitants, ces objets (l’habitat) méritent la plus grande attention : car rien n’est plus important pour la santé que ce qui est d’usage journalier et continuel, comme l’air et l’eau ». (Aristote « La Politique »).

Michel Botella


[1] Fédération d’associations de protection de la nature et de l’environnement dans la région Nouvelle-Aquitaine

[2] Les plans » Écophyto » sont une stratégie gouvernementale française de réduction des pesticides d’usage agricole et non agricole,

[3] REACH est un règlement européen (n°1907/2006) entré en vigueur en 2007 pour sécuriser la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne.

[4] IFREMER : Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer


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