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Sécheresse et résilience

Photo Philippe Glorieux

Le Sud de la France et tout particulièrement le département des Pyrénées Orientales a connu une longue période de sécheresse consécutive à une diminution drastique des précipitations durant les années 2022, 2023 et jusqu’au début de l’année 2024.

Les ressources superficielles et souterraines ont été considérablement affectées (niveau des nappes historiquement bas, rivières à sec ou presque, retenues dramatiquement vides), rendant nécessaires la prise de décisions de restriction d’usage par la préfecture.

Ces restrictions concernaient les usages tant domestiques, qu’agricole ou les activités de tourisme, tous secteurs en concurrence quant à l’usage de l’eau.

Non seulement il a fallu gérer le présent et le proche avenir, c’est-à-dire le proche été, mais également l’avenir plus lointain, chacun ayant pris enfin conscience que la situation n’était pas conjoncturelle, mais risquait de se reproduire, selon des intensités et des fréquences qui dépendraient de l’importance du changement climatique.

Il était donc nécessaire et urgent de développer des outils d’adaptation afin de protéger la ressource. Les diverses pistes envisagées consistaient d’une part à optimiser l’actuel (améliorer les techniques d’irrigation, changement des cultures, entretien des réseaux, la dés imperméabilisation des surfaces, stockage) et d’autre part à trouver ou développer de nouvelles ressources comme la réutilisation des eaux usées, le captage d’autres ressources (karst) et en dernier recours le dessalement de l’eau de mer .

Ces nouvelles ressources ont cependant montré leurs limites, dans le temps, car, changer le type de culture nécessite parfois plusieurs années ; exemple  dans quelques communes du département de plantation de pistachiers, dont les besoins en eau sont plus faibles, mais qui demanderont quelques années avant production. Du point de vue quantitatif, il faut veiller à la préservation des usages actuels; ainsi la réutilisation des eaux usées ne doit pas compromettre le maintien des débits d’étiage des cours d’eau dans lesquels ces eaux usagées sont déversées ou encore, le captage des circulations karstiques d’eau douce contenue dans les diaclases, fissures et siphons du massif calcaire des Corbières, prévu dans la partie amont de ce massif, ne doit pas perturber les fonctions actuelles dans sa partie aval : maintien d’une salinité moins forte de l’étang de Salses-Leucate par dilution résultant des venues des sources (résurgences) sur les bordures et au sein même de l’étang, ce qui permet le développement d’activités comme la conchyliculture et la pisciculture; en outre, au contact du remplissage sédimentaire de la plaine, les circulations karstiques alimentent directement les nappes aquifères du Roussillon. Il conviendra donc de déterminer les volumes prélevables.

Enfin, sont également pris en compte les questions environnementales liées à la mise en place de retenues collinaires, dont plusieurs sites ont été définis par la Chambre d’Agriculture des Pyrénées orientales.

On pouvait craindre que se développent des antagonismes, voire des conflits entre notamment les deux secteurs économiques essentiels que sont, pour cette région, l’agriculture et le tourisme. Cela n’a heureusement pas été le cas ;  même si le début des discussions ont été difficiles, après de multiples réunions tant sur l’état de la ressource que sur les perspectives à court et long termes, toutes les parties ont finalement « joué le jeu », avec le sentiment que dans la situation inédite, l’eau était un bien commun qu’il fallait se partager.

La seule pierre d’achoppement a été le désir de la part des politiques d’augmenter la population, avec deux conséquences : d’une part l’occupation des sols et leur imperméabilisation et d’autre part le disponibilité en eau. La révision du SCOT  ( Schéma de Cohérence Territoriale) a prévu une augmentation de 34 500 habitants à l’horizon 2040. Or, la croissance de la population du département est depuis plusieurs décennies de 1% par an ; peut-on continuer à accueillir des populations avec ce taux ? Quelle sera la réaction d’une la population, qui souffre déjà du manque d’eau face à une ressource qui ira diminuant ?

 La Mission Régionale d’autorité Environnementale (MRAe) à laquelle le projet de révision du SCOT de la plaine du Roussillon a été soumis émet des réserves pointant la prise en compte trop timide des problématiques de la ressource en eau que connait le territoire. Il est nécessaire  dit-elle, de conditionner l’urbanisation à la disponibilité de la ressource

Ces questions devraient être résolues par la  loi ZAN (Zéro Artificialisation Nette), dont l’application est retardée du fait du moratoire sur son application.

 Mais cela pose la question de l’accueil de populations et de façon plus générale des migrations climatiques notamment des pays du Sud de la Méditerranée vers ceux de la façade européenne qui constituent un tropisme certain, alors que ce sont des régions déjà très peuplées : la densité de population sur le littoral français est déjà de 1,1 million de personnes résident à moins de 500 m des côtes en France métropolitaine et 8,2 millions à moins de 10 km, soit un huitième de la population hexagonale. Les problèmes rencontrés ici sont identiques ou du moins très comparables au reste du domaine méditerranéen.

Le département des Pyrénées Orientales constitue un exemple de résilience à laquelle chacun a participé ; on parle même de laboratoire. Mais, le modèle, qui demande une acceptation de la population, est-il suffisamment abouti ? Est-il transposable ? Dans quelles circonstances et avec quelles limites ?

Cette situation permet cependant de dégager des idées fortes:

  • Tous les secteurs économiques sont concernés par le changement climatique ; les opposer est contreproductif. Bien au contraire, la réflexion doit être commune pour trouver une situation soutenable par chacun.
  • Les solutions mises en œuvre doivent prendre en compte les fragiles équilibres environnementaux, ce qui implique une coopération étroite entre les  instances de développement, les agences de l’eau et les associations de défense de l’écologie. Cette  coopération est garante d’un développement harmonieux des territoires.
  • Il faut abandonner l’idée d’une solution unique pour l’origine de la ressource en eau mais plutôt de rechercher un « mix hydrologique » en mettant en œuvre conjointement les diverses mesures d’adaptation.
  • Enfin, définitivement sortir du principe que l’eau est une denrée abondante et doit donc être bon marché.

Cependant, à long terme, avec l’évolution climatique annoncée, ces mesures d’adaptation risquent de s’avérer insuffisantes car chaque augmentation de 1° de la température modifie le cycle de l’eau de 7% ; il convient donc, dès maintenant, d’adopter des mesures d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre, elles supposent des changements profonds du mode de vie et ne seront efficientes que si elles sont appliquées à l’échelle mondiale. C’est un vrai challenge, mais la seule voie pour réduire l’impact du changement climatique, dont l’eau ne constitue qu’un aspect, peut-être le plus significatif et le plus sensible.

Henri GOT


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