Crise de l’eau, sécheresses historiques, inondations, déclin alarmant des aquifères, fonte des pôles, le problème de l’eau va crescendo étant donné que le réchauffement climatique s’accentue de façon exponentielle. Heureusement, certains endroits sont encore épargnés par le mauvais sort. No problem pour l’instant, on peut encore y faire la fête ! En voici un exemple.
La Costa del Sol (que les mauvaises langues surnomment « La Cos(t)a Nostra ») continue d’être un paradis pour les joueurs de golf car il y fait toujours beau, la pluie y étant synonyme de mauvais temps. Le secteur immobilier n’a jamais été aussi florissant : on ne cesse de construire de plus en plus grand et de plus en plus cher. On continue d’assécher nos collines en plantant des avocatiers qui épuisent nos réserves d’eaux souterraines qui ne cessent de se raréfier. Néanmoins, nous continuons à jouer des castagnettes, car ici tout est fête, beauté, luxe et volupté. Atteints de cécité, tels les musiciens aveugles qui agrémentaient les bains de l’Alhambra il y a des lustres, notre communauté vogue vers l’effondrement, comme le Titanic, en mettant le cap sur un océan de plastique et de détritus.
Malheureusement, Malaga n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. La liste des aberrations est longue : Abu Dhabi, Doha, Dubaï se partagent la Médaille d’Or de l’Excellence Néfaste. Les villes du Qatar sont de véritables folies écologiques ayant pour conséquence un stress hydrique maximal ainsi qu’une pollution démesurée. Selon les prévisions scientifiques, dans quelques décennies, ces zones urbaines ne seront plus qu’un vaste désert inhabité. Le Qatar n’a ni lacs ni rivières car l’eau ne tombe jamais du ciel. Alors on puise dans les eaux souterraines et on abreuve la population grâce aux usines de dessalement sans se soucier des sécheresses répétitives qui s’accélèrent et aggravent la pénurie d’eau. Et on continue à construire de plus en plus cher, de plus en plus beau et de plus en plus haut.
Malgré tout, sur ces terres arides, pas de panique non plus ! On a du pétrole et des idées géniales et on voile les vérités qui dérangent. Doha est fière de son joujou fastueux : la magie en plein désert, transformer la chaleur en glace. Il fallait le faire ! En dépit du réchauffement climatique, Gondolania a fait son apparition, comme un mirage en plein désert ! Un parc d’attractions permettant de prendre un grand bol d’air frais dans une superbe patinoire de taille olympique ou de faire une promenade romantique en gondole. Advienne que pourra, et faisons confiance en l’avenir. Peut-être qu’un jour le ciel tombera sur nos têtes et que les prévisions bibliques se réaliseront. Avec un peu de chance, « après nous, le déluge !»
Triste réalité ! Pauvre planète ! Et tout ça, à cause d’une espèce de petit Mickey Sapiens Sapiens (MSS), Apprenti démiurge. Dénué de bon sens, cet Apprenti n’a jamais fait preuve de solidarité avec ses Compagnons du Vivant et il est probable qu’il n’atteindra peut-être jamais la sagesse lui permettant d’accéder au grade de Maître. Aujourd’hui, il découvre ahuri qu’il est incapable de maîtriser les forces magiques qu’il a déchaînées et qui lui ont permis de réaliser son double exploit : l’assèchement de la planète d’un côté et la montée des eaux de l’autre!
Une véritable catastrophe dont il n’avait pas mesuré l’ampleur des conséquences. Maintenant, MSS voudrait bien détruire son engin maléfique, mais il n’y parvient pas. Bien au contraire, comme dans Fantasia, les dégâts qu’il a provoqués ne cessent de se multiplier, ils essaiment et se propagent de plus en plus vite, de plus en plus loin. Une véritable calamité ! L’eau continue de monter d’un côté et de baisser de l’autre. La mécanique des fluides, le principe des vases communicants, ça, il l’avait bien compris, le petit MSS, pendant les leçons de physique de son Initiateur, mais le problème c’est qu’il sait ce qu’il fait, mais il ne sait pas ce que fait ce qu’il fait !
Alors, conscient de la catastrophe qui est en train de se dérouler sous ses yeux, il cherche en vain son Maître, mais celui demeure introuvable. L’état d’urgence est tel qu’il lui faudrait peut être quémander de l’aide à un pouvoir supérieur. Peut être l’organisateur de l’univers, perdu au fin fond des galaxies entendrait-il pour une fois ses prières ? Il tente désespérément sa chance.
C’est alors qu’une voix caverneuse lui parvient de « l’eau de là » :
« Je t’avais pourtant averti il y a longtemps MSS, mais tu as fait la sourde oreille. Et voilà qu’aujourd’hui, tu viens à moi pour solliciter un remède miracle ! Il m’est impossible d’effacer tant de bévues, tu es allé bien trop loin!
Néanmoins, je vais t’offrir une note d’espoir, mais il faudra que toi et tes semblables vous vous accordiez à l’unisson sur le même La. Plus de fausses notes sinon vous franchirez le Rubicon !
Ta besogne va être ample et ardue. Il te faudra d’abord convaincre pour vaincre la guerre de l’eau. Tu devras rendre visible l’invisible en expliquant à tes congénères que ce qui se qui passe en amont se fait tôt ou tard ressentir en aval.
Dis-leur que cette eau qui vous est parvenue du fin fond des galaxies est un bien sacré, précieux, qu’il vous faut le protéger envers et contre tous. C’est un trésor vital comme l’air, et personne, tu m’entends, personne n’a le droit de se l’octroyer !
Dis-leur aussi haut et fort qu’une seule action peut avoir des effets positifs en cascade. Armez-vous de courage et de bon sens, unissez-vous comme toutes ces gouttes d’eau qui forment les océans. Il est encore temps de vous réinventer, de vous transformer de façon radicale. Redéfinissez votre mode de vie, votre consommation, et soignez votre fièvre acheteuse qui vous assoiffe sans jamais vous satisfaire !
Et maintenant, apprenti sourcier, relève-toi et marche. Sors de ta caverne et va réveiller tous tes congénères, ils sont nombreux. Sois courageux, ton chemin sera long, jonché d’obstacles. Va et transmets-leur ce que tu as appris
(L’organisateur de cet univers organisé avec tant de perfection se demanda un instant s’il n’avait pas commis une grave erreur en créant ce petit être apparemment insignifiant mais qui, ayant goûté à l’arbre de la connaissance, avait transformé son paradis en enfer. Mais l’erreur peut aussi être divine. Il la reconnut et jura qu’on ne l’y reprendrait plus ! )
Hélène Franquet