Une démarche humaniste nous porte à regarder vers ceux qui ont besoin d’aide, de fraternité. C’est pour cela que nous nous devons de penser à une société qui respecte chacun. Une telle société ne peut émerger sans un environnement sain pour tous y compris pour les plus démunis.
Alors que dire des pollutions et en particulier des pollutions des eaux de surfaces ou profondes. Tout le monde est touché, mais de manière inégale et les conséquences seront différentes suivant l’âge, le niveau social, l’activité professionnelle, le lieu géographique de vie…
Les alertes sont fréquentes, comme en février 2024, dans les Deux-Sèvres où le « seuil de vigilance de qualité » à une molécule de fongicide, a été dépassé dans une nappe exploitée. Cette molécule, « proche cousine » du chlordécone, est considérée comme cancérigène. Elle n’est pas seule dans les eaux et les maladies environnementales sont en augmentation dans nos populations ce qui amène à une véritable problématique de santé publique, dont la compréhension et la résolution sont complexes mais nécessaires.
Ces pollutions chimiques touchent à l’intime d’après Marie-Anne Mengeot journaliste (2016), car la reproduction des individus est impactée (stérilité, fausses couches malformation des bébés…). Les perturbateurs endocriniens (PE) de synthèse, issus pour la plupart de l’industrie agrochimique (pesticides, plastiques, pharmacie…) et de leurs rejets, méritent ainsi une attention particulière. Leur rémanence dans le milieu naturel est importante et ces molécules peuvent être transférées du sol à l’eau durant de longues années après leur fabrication.
Dès la fin du XXe siècle, le signal d’alarme est tiré et la question de leurs impacts sur la santé des citoyens s’installe dans le débat public. En 1962, Rachel Carson, biologiste américaine dans son livre Silent Spring dévoile les risques des pesticides synthétiques utilisés depuis la seconde guerre mondiale. Elle y aborde la notion d’interrelations entre les espèces. La boucle est bouclée : l’Humain partie prenante de la nature, des écosystèmes, subit les effets de leurs dérèglements dus à l’irrespect qu’il porte à son environnement.
L’OMS (2002) interpelle sur les PE et en définit les effets néfastes sur les populations et leurs descendants. Ces molécules modifient le fonctionnement du système endocrinien, mais pas seulement. Les conséquences à leur exposition sont nombreuses et variées et dépendent des « périodes de vulnérabilité » des êtres vivants face à ces molécules. L’organisme, in utero, avant ou après la puberté, ne réagira pas de la même manière. Certaines molécules possèdent un « effet transgénérationnel ». Quant à l’effet cocktail, il complique la compréhension de leurs impacts sur le vivant. Il faut être conscient que la santé des générations futures dépend de nos actions et décisions en la matière.
L’eau que nous buvons, peut en contenir et les concentrations des PE dans les rejets de stations d’épuration peuvent être importantes car les procédés employés pour les enlever des effluents, n’ont pas un rendement de 100%. Actuellement, l’évaluation des risques des concentrations en PE sur la population humaine est très difficile à déterminer, les recherches et les études cliniques manquant. Cependant, il est intéressant de constater que le 12 juillet 2011, est enregistré à la Présidence de l’Assemblée Nationale et à celle du Sénat un rapport intitulé : « Perturbateurs endocriniens, le temps de la précaution ». Six ans après et suite au maintien de l’utilisation massive des PE malgré les alertes sur leur dangerosité individuelle, amplifiée par l’effet cocktail, sur la santé des fœtus, des enfants en bas âge et des adolescents, le sénat adopte le 22 février 2017, une résolution qui invite le gouvernement à augmenter la protection des adultes et surtout des enfants, à renforcer son action contre les PE, à interdire les phtalates et à faire de la santé environnementale une des priorités de santé publique. Le Sénat invite également le gouvernement à « intervenir avec fermeté au niveau européen pour défendre l’intérêt général et la santé publique,[…] protéger la santé publique et l’environnement et non les intérêts économiques des entreprises qui les produisent et les utilisent ». Cet écrit montre bien que ce sont les intérêts privés qui président au « bien commun ».
Pourtant, la préservation de la santé publique est un joyau que nous devons protéger en diminuant nos rejets toxiques. Pour cela, il ne faudrait pas les produire ou du moins les diminuer drastiquement. On peut penser que nous avons ou aurons les techniques pour les éradiquer. Dans la pensée collective, la technologie (mais pas forcément la Science paradoxalement) est un pouvoir salvateur qui nous guérira de tous les maux. Cependant, la croyance en la technologie déculpabilise et incite à l’inaction. La notion de progrès est ainsi questionnée comme l’intérêt, pour l’Humain, de protéger la Nature et par conséquent lui-même. Dépolluer sous-entend des coûts qui peuvent devenir prohibitifs et non supportables par une partie de nos sociétés. Ces pollutions questionnent nos sociétés sur leur désir de fraternité et d’égalité en leur sein.
Une question cruciale se pose alors pour l’économie, pour le citoyen : qui doit payer la facture ? Il est vrai que dès la première loi sur l’eau (16 décembre 1964) relative au régime et à la répartition des eaux et à la lutte contre leur pollution, l’article 22 du Titre 1er aborde la notion de pollueur-payeur. Mais qui sont les pollueurs? Certainement pas les consommateurs d’eau potable ! Il ne reste alors que les utilisateurs de molécules toxiques, les entreprises qui les fabriquent et mettent sur le marché, les services nationaux et européens qui en autorisent la vente.
Les PE ne sont pas les seuls polluants. Il en existe bien d’autres plus ou moins néfastes. Plus de 100 000 substances chimiques ont été synthétisées en Europe à hauteur de plusieurs millions de tonnes. Pourtant, en 2018 ce n’étaient que 900 micropolluants qui étaient visés par des études européennes.
La pollution des eaux est comme un véritable iceberg : la plus grosse partie est cachée à nos observations et à notre compréhension. Comme on peut s’en douter, dépolluer les eaux de surfaces et des nappes va tenir du mythe de Sisyphe si les pouvoirs publics ne s’intéressent pas à diminuer drastiquement les sources de pollutions chimiques. Cependant, les citoyens, les consommateurs ont aussi une importance capitale à jouer dans une lutte de tous les jours contre les polluants. Posons nous des questions sur la validité et l’innocuité de nos achats, sur leur production, leur transport, leur recyclage, sur nos comportements, sur l’environnement que nous voulons pour nos enfants et petits-enfants… Ce ne sera qu’à ce prix que nous pourrons influencer les politiques environnementales, les politiques sur l’eau.
Utopie direz-vous ! Espérance en l’avenir répondrons nous !
Alain GAYRAUD