Passer au contenu principal

Quels besoins pour les poissons migrateurs ?

Photo Philippe Glorieux

Les écosystèmes aquatiques, fleuves, rivières, lacs, étangs et mares obéissent aux mêmes règles de fonctionnement que les écosystèmes terrestres :

  • Le milieu, ici l’eau, qui est régie par toutes les lois de la physique et de la chimie.
  • Les biocénoses ou communautés d’êtres vivants parmi lesquelles les poissons qui y occupent la « fonction » de consommateur de premier ordre quand ils se nourrissent de végétaux ou de second ordre quand ils sont carnivores.

Sous nos latitudes, on dénombre environ 75 espèces de poissons et agnates (lamproies). Cette imprécision sur le nombre est due au fait que les inventaires exhaustifs sont rares et on est toujours surpris de découvrir, quand ils sont entrepris, des espèces insoupçonnées (quelquefois introduites de manière irresponsable par des pêcheurs !) ou de constater des espèces absentes ou si rares qu’on peut craindre leur disparition pour des raisons diverses … ?

Parmi ces « 75 » espèces, 6 sont qualifiées de migratrices parce qu’elles se partagent entre l’eau douce des cours d’eau côtiers et l’eau salée des mers.

Pourquoi des espèces migratrices ? La réponse est de l’ordre de l’hypothèse scientifique ; il s’agirait d’espèces qui, à l’échelle des temps géologiques, n’ont pas fait leur choix définitif. Cette hypothèse est fondée sur l’observation d’espèces voisines comme les truites de lacs, les ombles ou les corégones qui, prisonniers de lacs alpins consécutifs aux glaciations, se sont accommodés définitivement de la vie en eau douce.

Pour pouvoir vivre normalement, les animaux, y compris l’homme, ont besoin de pouvoir exercer quatre fonctions principales : se nourrir, se reproduire, se reposer et se déplacer.

Les pollutions de toutes natures, les étiages, les sécheresses, la pêche… peuvent constituer des difficultés, quelquefois létales, pour les poissons d’eau douce. Mais il est clair que l’installation d’obstacles divers dans les cours d’eau constitue un handicap supplémentaire pour les migrateurs surtout ceux, comme les salmonidés qui doivent rejoindre de lointaines frayères pour se reproduire.

L’avenir de ces espèces est aujourd’hui très préoccupant :

  • L’anguille : Elle vieillit en rivière une dizaine d’années puis part se reproduire dans le golfe du Mexique ; de sa ponte naît une larve qui emprunte le Gulf Stream pour revenir en Europe sous forme d’alevin (les civelles ou pibales) qui ont la malchance d’être très appréciées des Espagnols et des Japonais qui les achètent à prix d’or à des braconniers professionnels. Comme par ailleurs, cette espèce a été longtemps considérée, à tort, comme nuisible, elle est aujourd’hui menacée de disparition.
  • L’esturgeon : L’espèce locale est considérée aujourd’hui comme disparue. Il faudra acheter son caviar ailleurs !
  • Les aloses : grande alose et alose feinte, deux espèces « cousines » de la sardine, indicatrices du bon état des cours d’eau dans lesquels elles se reproduisent. Mais elles sont aujourd’hui considérées comme très vulnérables et protégées par la convention de Berne.
  • La lamproie marine : Elle est considérée comme menacée d’extinction !
  • Les saumon et truite de Mer : le saumon atlantique est bien entendu l’espèce repère des poissons migrateurs mais, du Nord de l’Europe au Portugal, limite sud de son aire de répartition, une proportion variable des populations de truites fario est migratrice et effectue un voyage comparable à celui du saumon vers des aires d’alimentation marines.

Depuis 50 ans, la France a mobilisé des moyens importants pour consolider ces espèces que pollutions, pêche abusive et obstacles à la circulation avaient fragilisées.

Des pêcheurs irresponsables « amateurs d’exploits halieutiques sans autre valeur que la photographie dans la presse locale » ont favorisé le développement du silure glanedontles saumons et truites de montaison sont les principales victimes de spécimens de 2,80m proches des 300 kg !

Le concept de biodiversité reste souvent abstrait dans les sciences de l’eau car à moins d’être ichtyologue, entomologiste ou botaniste spécialisé, les illustrations et les instruments de mesures sont rares et confidentiels. Qui sait où en sont les populations de loches franches, les potamots ou les larves de trichoptères ?

Mais on voit ici qu’une communication sur des espèces emblématiques parce qu’elles ont un intérêt halieutique, symbolique ou gastronomique permet d’en saisir l’importance.

Jean-Paul Cavitte


Nous utilisons des cookies afin de vous offrir la meilleure expérience possible sur notre site web. En continuant à utiliser ce site, vous acceptez notre utilisation des cookies.
Accepter
Refuser
Politique de confidentialité