Douce ou salée, l’eau est confrontée aux pollutions de l’humanité.
Quand peut-on dire qu’un milieu aquatique est pollué ? Lorsque son équilibre a été modifié durablement par l’apport en quantités trop importantes soit de substances plus ou moins toxiques, d’origine naturelle ou humaine, soit encore d’eaux trop chaudes.
Ces pollutions augmentent la mortalité voire font disparaître certaines espèces animales ou végétales, altèrent leurs capacités physiologiques, détériorent la qualité de l’eau au point de la rendre impropre à certains usages.
Les pollutions peuvent être classées en plusieurs catégories (liste non exhaustive) : organique, liée aux métaux lourds, chimique, de plastiques et nanoparticules
La pollution organique provient principalement des excréments, des ordures ménagères et des déchets végétaux. Elle est généralement bien contrôlée et maîtrisée en France, sauf lorsque de fortes précipitations saturent les stations d’épuration qui rejettent alors des eaux polluées, conduisant à déconseiller l’utilisation de l’eau du réseau de distribution.
La pollution par les métaux lourds
Les rejets de boues rouges (liées à l’extraction d’alumine et de bauxite) de Gardanne sont emblématiques d’une pollution minière irréversible de 30 millions de tonnes de déchets en Méditerranée. Après des années de protestations, l’entreprise Alteo est mis en examen en octobre 2023.Les rejets de métaux lourds, cadmium, plomb et mercure ont diminué en France, mais demeurent stockés dans les sols et cours d’eau.
La pollution chimique est issue des nitrates et phosphates, des médicaments, des pesticides, des produits ménagers, des PFAS (composés perfluorés), des peintures, des acides, ainsi que des hydrocarbures et solvants.
Si la pollution des phosphates (lessives) a beaucoup diminué, celle des nitrates – utiles aux plantes en faible dose – contribue à l’eutrophisation des rivières (prolifération d’algues notamment en Bretagne) et impacte la santé humaine (nitrosamines cancérigènes).
Les médicaments sont détectés dans la plupart des cours d’eau du monde. Ils renforcent l’antibiorésistance et la perturbation endocrinienne notamment par les résidus des pilules contraceptives (cf. rapport du Sénat dès 2011). Une étude de 2015 montre que les pesticides contribuent aussi à la sélection des bactéries résistantes aux antibiotiques. Les interactions se font donc aussi bien dans l’environnement que dans notre microbiote : paraphrasant la table d’émeraude des alchimistes, si ce qui est en nous est comme ce qui est au dehors nous sommes aussi l’environnement !
Les pesticides, massivement utilisés en agriculture frappent à plusieurs niveaux : D’abord les agriculteurs eux-mêmes et les voisins des champs concernés, ainsi que le vivant dans les sols et les zones traitées,
Puis les consommateurs des produits traités, et le vivant baignant dans les eaux en contact avec les zones environnantes,
Enfin les nappes phréatiques rechargées par les eaux de surface polluées, puis le vivant en mer.
En Bretagne, plus de 99 % des analyses menées dans les cours d’eau, étangs ou nappes phréatiques montrent la présence de pesticides en 2023.
Les PFAS appelés « polluants éternels » sont présents dans bien des produits de consommation : accessoires de cuisine avec une surface antiadhésive, emballages alimentaires, produits imperméabilisants ou anti taches utilisés dans les tissus (par exemple, Gore-Tex), meubles et tapis résistant à l’eau et aux tâches…
Ces PFAS contaminent les sols et l’eau pour des siècles.
La pollution plastique prend diverses formes
L’image du « septième continent » s’impose : ce vortex géant du Nord Pacifique alimenté aux 2/3 par le Japon et la Chine et le plus grands des cinq gyres maritimes. Il serait chargé d’environ 100 000 T de plastiques.
Une grande variété de déchets plastiques est présente :
- plastiques jetés ou tombés en mer (filets et cordages, caisses polystyrène, billes ou pellets)
- plastiques visibles amenés par les fleuves ou les décharges côtières (emballages, sacs, bouteilles, etc.).
- micro et nano-plastiques, portés par les airs ou les cours d’eau : issus des parfums encapsulés ou microbilles de gommage contenues dans les cosmétiques ou détergents.
- 500 000 tonnes de microfibres issues du lavage des textiles synthétiques, et 6 millions de tonnes/an de nanoparticules d’usure des pneus
- …
De plus, les particules forment un filtre solaire et diminuent ainsi la photosynthèse du zooplancton et des algues, donc l’absorption de CO2 . Les composants chimiques des micro et nano particules modifient le métabolisme et la reproduction du phyto et zooplancton, diminuant de 40% à 45% leur croissance et consommation de CO2.
Pathétique triangle du plastique qui pollue d’abord pour sa fabrication et son transport puis, en fin de vie la terre, les nappes, rivières, et enfin la mer. En consommant le vivant aquatique nous avalons l’équivalent d’une carte de crédit par an.
En conclusion :
Ne craignons pas le pouvoir des lobbys du plastique, qui s’illustrent non seulement dans leurs dénis affichés mais aussi dans les campagnes de « bonnes nouvelles technologiques », avec ces milliers d’articles sur les « bactéries mangeuses de plastique » et ce nouveau venu, défenseur du septième continent qui abriterait une biodiversité foisonnante, qu’il faut donc préserver !
Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux ; quand un problème semble nous dépasser, un rien rassure et peut faire hésiter, différant ainsi sa résolution, car la loi du lobbying tient en 3 D : Deny, Deflect, Delay …
Guy Debaux